Prise d’otage numérique.

Le pass sanitaire a donc été adopté par l’Assemblée nationale. Est-ce que cette mesure sera suffisante pour endiguer la quatrième vague que tout le monde attend en serrant les fesses?

En tout cas, les débats enflammés sur ce foutu pass ont mis en évidence quelques aspects foutraques de notre société de plus en plus informatisée. Notre santé reposerait désormais sur ce pass et un simple QR code qu’il suffira de scanner avec son portable pour savoir si la personne a bien reçu ses deux doses de vaccin. De cette petite application à la con dépend notre avenir (et du même coup le sort de l’humanité).

Les fanas d’informatique y voient un formidable progrès, et le type qui a lancé l’application CovidTracker vient d’être décoré chevalier de l’ordre national du Mérite. Devant une telle ferveur informatique, les rabat-joie ont vite fait de passer pour des ringards.

Curieusement, parmi les mécontents qui déifient dans la rue contre ce pass, bien peu (en tout cas ce ne sont pas eux qu’on entend le plus) protestent contre cette informatisation généralisée des activités humaines.

Pour déplorer cette situation, on parle de fracture numérique, mais uniquement pour regretter que les personnes non connectées ne le soient pas encore. La connexion est l’avenir de l’homme, nous matraquent à longueur de journée les médias, les pubs et l’employé de La Poste ou celui de la Sécurité sociale, déjà remplacés par des boîtes vocales automatiques.

Cette dématérialisation des relations entre les individus grandit chaque jour, et personne ne proteste. Pourtant, il y aurait matière à réclamer une limitation de cette hégémonie, et on est surpris qu’aucune personnalité politique n’ait exigé un moratoire sur la connexion imposée à tout être humain. Il faudrait pour cela que les hommes politiques aient le courage d’affronter les monstres que sont devenus Microsoft, Apple, Google ou Facebook, et de prendre te risque de passer pour de vieux cons à l’heure où on déplore que tes jeunes n’aillent pas voter. Bien au contraire, la tendance est de se convaincre que, pour impliquer dans la vie

publique la jeunesse d’aujourd’hui, il faudrait transformer toutes leurs actions en applications téléchargeables. On nous a ainsi vendu comme solution miracle contre l’abstention aux élections le vote électronique, qui permettrait aux jeunes de donner leur suffrage grâce à leur téléphone portable, sans sortir de leur lit, le dimanche matin des élections.

En attendant que votre smartphone sauve les élections et la démocratie, c’est désormais ce satané pass qui guérira l’humanité. Cette évolution met en évidence un autre problème délicat. L’informatique a mis sur un piédestal une nouvelle race de seigneurs, une nouvelle espèce de dominants qui, du haut de leur savoir, surplombent et tiennent dans le creux de leurs mains l’humanité tout entière, du simple citoyen au dirigeant politique : les informaticiens.

L’informatique a tout envahi, de la santé jusqu’au moteur de votre voiture – et à la moindre panne, on se retrouve entièrement dépendant de leur savoir pour remettre la machine en route. Car les informaticiens connaissent le langage secret des ordinateurs, avec leurs codes et leurs programmes indéchiffrables pour le pékin moyen.

La civilisation informatisée que nous construisons confère à cette nouvelle caste un pouvoir sur le reste de la société, peut-être inégalé dans l’histoire de l’humanité. Ils sont devenus les mandarins de notre temps, maîtrisant une langue mystérieuse que l’immense majorité des habitants de cette planète ne comprend pas et dont elle dépend totalement. Le peuple est ainsi exclu du langage qui régit pourtant son existence.

Qui s’inquiète de cela? Personne, et quasiment pas les hommes politiques, dont il ne faut rien attendre dans ce domaine, car, comme tout le monde, ils se sont convertis à cette nouvelle religion, accrochés en permanence à leur smart-phone, au risque d’en devenir les pigeons – on pense à ce que le scandale Pegasus vient de révéler. La Chine, qui exploite à outrance t’informatique pour fliquer sa population, devrait pourtant servir d’avertissement à nos dirigeants.

C’est donc l’informatique qui nous sauvera du Covid. Aujourd’hui la santé, hier l’information, les loisirs, la culture, l’enseignement. Microsoft, Apple, Google et Facebook ont réussi à prendre en otage toutes tes activités de l’être humain. Et partout dans le monde, on ne voit pas le moindre manifestant défiler contre ces nouveaux Léviathans et l’asservissement silencieux qu’ils nous imposent.


Edito de RISS – Charlie Hebdo – 28/07/2021

4 réflexions sur “Prise d’otage numérique.

  1. Pat 30/07/2021 / 18:02

    Complètement d’accord avec cet article.
    La vaccination, le pass ne sont qu’une partie de la question qui se pose et que les bien-pensants appellent l’entrée dans un nouveau monde censé nous apporter enfin le bonheur auquel nous aspirons depuis… la nuit des temps.
    La question est bien plus vaste et devrait faire réfléchir ceux qui n’ont pas les moyens ou simplement l’envie de suivre le rythme infernal d’une science qui nous emmène aveuglément dans un tourbillon fou sans savoir comment nous en sortirons.
    Mais, eux prétendent savoir, dans leur grande sagesse précipitée plutôt par des évènements qui les dominent. Il fallait, il faut faire quelque chose pour endiguer ce mal qui nous ronge de crises économiques et sociales en crise sanitaire. Ceux qui ne suivront pas resteront sur le bord de la route parce que le TGV ne s’arrête pas et qu’on voit à peine le paysage des millions de visages qui ne veulent pas mendier le droit de vivre.
    Honte à ceux qui nous dirigent et qui ont choisi cette voie, traîtres à l’humanité et aux apeurés qui la suivent en espérant être épargnés et rester dans leur petit confort en croyant que l’obligation de vaccination, le pass ne sont qu’éphémères et détails…
    Nous retrouverons pas le monde d’avant 2020 et en fin de compte, il n’était pas tout rose (ni bleu). Celui de demain tombera entièrement dans les mains de ceux qui jusqu’à présent l’ont géré à leur profit.
    Chacun a le droit d’en douter.
    Pour ma part, mon opinion est faite et ma seule espérance réside en un conseil des sages…
    Après tout… Nous étions au pays des droits de l’homme !

    • Libres jugements 31/07/2021 / 10:18

      Un grand merci pour ce long commentaire qui me convient parfaitement
      Très amicalement
      Michel

  2. jjbey 30/07/2021 / 23:28

    Dommage d’en venir là, mais la pandémie est là aussi, alors ne pouvant compter sur le civisme des gens on fait quoi?
    On tatoue les vaccinés?
    Non, alors les non-vaccinés.
    Une pièce officielle qui (on a déjà vu des faux) indique que vous ne transmettez pas le virus et vous permet ainsi de vaquer à votre convenance est-elle superflue?
    Pour moi non.
    Pas d’accord ?
    Dans ce cas jetez votre téléphone portable, votre tablette votre GPS… qui, eux, en temps réel permettent le meilleur flicage qui soit.

    • Libres jugements 31/07/2021 / 10:13

      J’avoue Jean-Jacques ne pas comprendre ta position.
      Il y a je rappelle et reconnue par la médecine (pas des ont-dits) qu’un certain nombre de pourcentages dans la population de personnes qui ne peuvent pas se faire vacciner.
      Je suis parfaitement d’accord pour que l’État, les partis politiques, les syndicats, les associations, les familles, les médias divers insistent au plus haut point pour que tout le monde qui peut être vacciné, le soi.
      Pour le reste, les gens qui comme moi ont des réactions dangereuses pour leur vie envers les vaccins, ne doivent pas être proscrites de la vie sociale.
      Non, il n’y a pas lieu de leur fournir des crécelles ou les mettre dans des ghettos, ce que ton commentaire laisse supposer. Voilà pourquoi je ne peux être d’accord avec le fait d’ignorer ses rares cas dont je fais partie.
      dans le même temps bien évidemment juste condamne l’action Antivaccin fomenter argumenter par des partis d’extrême droite… Tout en rappelant que toutes les personnes ayant été vacciné y compris de deux doses, restent de potentiels porteurs du virus…

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