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De quoi parle-t-on ; de l’institution EDF dans son intégralité.

Hercule : le projet de démantèlement d’EDF vaincu par des mois de mobilisation

Le projet que l’État cherchait à mettre en œuvre depuis deux ans a pris du plomb dans l’aile au fil des mois. Son abandon, même temporaire, signe un aveu d’échec pour l’exécutif et une victoire pour les syndicats.

Il aura fallu près de deux ans de lutte pour terrasser ce géant aux allures d’anti-héros : Hercule, déjà rebaptisé « Grand EDF » en avril dernier, avait cristallisé trop d’opposition de tous bords au fil des mois.

Si le projet n’est que reporté, Emmanuel Macron ayant d’ores et déjà prévenu que la scission d’EDF resterait à l’ordre du jour d’un éventuel prochain quinquennat, cet abandon même temporaire signe un aveu d’échec pour l’exécutif et une victoire pour les syndicats.

C’est mi-avril 2019 que ceux-ci apprenaient par la presse l’existence du projet au nom pompeux tiré de la mythologie grecque. Véritable entreprise de démantèlement du service public de l’énergie, Hercule reposait sur la séparation du nucléaire

  • (EDF bleu), qui serait resté dans le giron étatique, des activités rentables du groupe
  • (EDF vert) pour la distribution et les énergies renouvelables
  • (EDF azur) pour les barrages hydroélectriques, vouées à être privatisées.

Un éclatement qui risquait de mettre en péril la situation financière d’EDF, destinée à assumer les coûts astronomiques d’investissement pour entretenir le parc nucléaire, alors que le groupe était déjà plombé par une dette de 42 milliards d’euros.

Un bras de fer avec l’État

Journée de mobilisation après journée de mobilisation, l’intersyndicale CGT, CFDT, FO, CFE-CGC a donc réussi petit à petit à gagner des soutiens à sa cause. En février, 80 députés de droite et de gauche s’étaient émus auprès du premier ministre, Jean Castex, de l’opacité dans laquelle l’exécutif entendait mener à bien cette entreprise de démolition du service public de l’énergie.

Début juin, c’était plus de 90 syndicalistes, élus, chercheurs et militants associatifs qui se fendaient d’une tribune dans le Monde pour exiger « la construction d’un véritable service public de l’énergie sous contrôle citoyen », aux antipodes du projet Hercule.

  • Si la mobilisation citoyenne a sans conteste pesé dans ce bras de fer avec l’État et la direction d’EDF,
  • le deuxième front ouvert par la Commission européenne aura sans doute donné le coup de grâce au projet.

Tentant de ménager la chèvre et le chou, le gouvernement français avait tenté de plaider auprès de Bruxelles pour qu’EDF reste un groupe intégré avec une stratégie unique et des flux financiers entre les différentes activités, tandis que la Commission exigeait de son côté l’érection de véritables « murailles de Chine », donc une mise en concurrence de ces activités.

 Pris en étau, l’exécutif a fini par jeter l’éponge.

Si les opposants à Hercule ont gagné une bataille, pas sûr pour autant qu’ils aient gagné la guerre.

Jugeant la réforme « indispensable », le PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, a estimé, jeudi, que « le sujet de fond reste entier ».


Loan Nguyen – L’Humanité – Source  


En matière d’économie, il n’y a que deux principes. Une production nationalisée qui profite à l’ensemble de la population, une production privatisée qui profite aux actionnaires, mais qui à temps, ne garantit absolument pas « un coup diminué » aux usagers pour autant malgré la concurrence. MC