Bill Gates, philanthropique, « ma non tropo »

Comment fait Bill Gates pour gagner tant d’argent ?

Plus il en dépense avec sa Fondation, plus il en gagne. Plus 24 milliards de dollars en 2020, alors qu’il assurait en 2006 vouloir consacrer 95% de sa fortune à la « lutte contre la pauvreté ». Heureusement pour lui, il sait donner aux nécessiteux que sont la Banque mondiale, les promoteurs des OGM et les centres de recherche de l’agriculture industrielle.

Qui oserait critiquer pareil bienfaiteur de l’humanité ?

Comme on va le voir, une ONG épatante qui s’appelle Grain.

Bill Gates pèse autour de 130 milliards de dollars. Ça va, ça vient, ça augmente chaque jour.

Si Gates claquait 833 000 euros par jour sans plus rien gagner, il lui faudrait 400 ans pour venir à bout de son argent de poche. Avec ça, il est bon, très, très bon. Une sorte d’Ange.

N’a-t-il pas créé, avec son épouse Melinda (ils viennent d’annoncer leur divorce) la Fondation Bill et Melinda Gates ?

Dotée de 50 milliards d’euros, elle donne chaque année cinq milliards à divers projets. Plus grand donateur de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) – 10% du budget total – elle entend en très grande gentille qu’elle est, lutter contre les maladies et la pauvreté.

En Afrique, la Fondation est chez elle.

Elle investit par milliards et a lancé en 2006 avec la Fondation Rockefeller, l’Alliance pour une révolution verte en Afrique. C’est vraiment sympa de pareillement s’entêter pour la bonne cause. À la fin des années cinquante et soixante, l’argent de la Fondation Rockefeller a permis à cette supposée « révolution verte » de répandre partout dans les pays du Sud grosses machines, gros tracteurs, gros tuyaux, grosses pompes à eau, flots d’engrais et de pesticides de synthèse.

Mais l’Afrique était honteusement restée à l’écart du grand progrès américain, d’où cette vertueuse alliance qui pourrait faire croire, à première vue, que la philanthropie made in Gates est une autre manière de gagner de l’argent.

Vilaine hypothèse confirmée par deux documents bolcheviques.

  • Le premier s’interroge sur l’influence que de telles sommes d’argent peuvent avoir sur des États pauvres et des systèmes de santé inexistants. Titre anglais : « Philanthropic Power and Development: Who Shapes the Agenda ? » Soit : Pouvoir philanthropique et développement, qui définit l’agenda ? Les deux auteurs du rapport travaillent pour une ONG qui a un statut consultatif auprès de l’ONU, Global Policy Forum.

Que des charlatans ? Ben, peut-être pas.

Le second vient, comme annoncé au départ, de Grain. Dans un texte très documenté, Grain raconte en détail ceci : «  La Fondation Bill et Melinda Gates a dépensé près de 6 milliards de dollars au cours des 17 dernières années pour essayer d’améliorer l’agriculture, principalement en Afrique ».

Mais à qui est allé l’argent ?

Eh bien, essentiellement en direction de deux cibles.

  • D’une part, de grosses entreprises du Nord en quête de marchés.
  • D’autre part, des technologies si « avancées » qu’elles sont entre les mains de centres de recherche ou de transnationales, tous installés au Nord, là où il fait si bon vivre.

Exit les peuples, leurs savoir-faire, leurs richesses culturelles, la biodiversité, les semences locales, les productions vivrières.

Mais citons plutôt, car le réel parle :

« Près de la moitié des subventions de la Fondation destinées à l’agriculture sont allées à quatre grands groupes : le réseau mondial de recherche agricole du CGIAR, l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA – créée en 2006 par la Fondation Gates elle-même avec la Fondation Rockefeller), la Fondation africaine pour les technologies agricoles (AATF – un autre centre technologique poussant à l’utilisation des technologies de la Révolution verte et des OGM en Afrique) et un certain nombre d’organisations internationales (Banque mondiale, agences des Nations Unies, etc.). L’autre moitié a bénéficié à des centaines d’organisations travaillant dans la recherche, le développement et l’élaboration de politiques à travers le monde. La Fondation Gates affirme que 80 % de ses subventions sont destinées aux agriculteurs africains. Mais sur les fonds accordés à ces centaines d’organisations, une énorme proportion, 82 %, a été versée à des groupes basés en Amérique du Nord et en Europe, et moins de 10 % à des groupes basés en Afrique ».

Encore plus clair : depuis que Gates a lancé sa Fondation en 2000, il n’a cessé de s’enrichir alors qu’il jurait en 2006 vouloir consacrer 95% de sa fortune à la « lutte contre la pauvreté ».

Au cours de la seule année 2020, il aurait gagné 26 milliards de dollars.

N’y aurait-il pas quelque chose qui clocherait ?

Le Monde Afrique, supplément publié par Le Monde, a été créé « pour raconter la mutation accélérée en cours sur le continent ». Bien sûr, ça coûte. Alors, magie de la philanthropie, La Fondation Bill & Melinda Gates contribue au financement du « Monde Afrique » depuis le lancement de cette rubrique en 2015. Tout va bien. Dans le meilleur des mondes possibles. Non ?


Fabrice Nicolino – Charlie Hebdo – Titre original : « Bill Gate, noble guerrier philanthropique ?

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