Racontez-moi l’Académie Française…

La Cour des comptes sabre les petits hommes verts de l’Institut, de l’Académie française, etc.

Situation financière déséquilibrée », « graves erreurs comptables », « comptes non certifiés », « patrimoine artistique et culturel en partie laissé à l’abandon »… C’est à grands coups d’épée que la Cour des comptes s’en prend à la gestion de l’Institut de France et des cinq Académies (française, sciences, beaux-arts, inscriptions et belles lettres, sciences morales et politiques) regroupées quai de Conti, à Paris !

Pourtant, comme le montrent leurs réponses décontractées aux rapporteurs, ces lourdes critiques n’ont pas traumatisé les responsables des six institutions épinglées. Pourquoi ? D’abord parce que la Cour distribue quelques bons points. Et, surtout, parce qu’elle n’est pas entrée dans les détails assassins que relevait son audit de 2015 !

Un trésor sous le lit

Ainsi, alors qu’elle déplore, photos à l’appui, l’état de délabrement avancé de plusieurs propriétés des « six » — villa Ephrussi, à Saint-Jean-Cap-Ferrat (Alpes-Maritimes), manoir de Kerazan (Finistère), domaine de Chaalis (Oise) —, elle adresse aussi un satisfecit retentissant à la gestion des jardins de Giverny (Eure) et du musée parisien Marmottan Monet.

Dans son précédent rapport, elle relevait que les collections de ce dernier (record mondial de tableaux de Claude Monet) étaient restées durant des décennies sans inventaire, au risque de voir des oeuvres disparaître. Ailleurs, une collection d’estampes, que l’on croyait disparue, avait été retrouvée sous le lit d’un directeur parti à la retraite…

Le document de 2021 mentionne tout de même une étrange anecdote, passée jusqu’ici inaperçue : en 2011, l’Institut a vendu un appartement parisien appartenant à l’une des fondations qu’il abrite… en violation flagrante du testament de Gabriel Barthélemy, créateur de ladite fondation.

Moins gênant, toutefois, que cette histoire immobilière figurant dans le précédent rapport : le chancelier de l’Institut Gabriel de Broglie a vendu, en catimini et sans mise en concurrence, un immeuble valant 60 millions d’euros grâce à l’« intervention de Pierre Cardin », membre de l’Académie des beaux-arts…

Tas d’or inemployé

Les rapporteurs relèvent aussi qu’il existe toujours « des logements qui ne sont pas occupés au titre des obligations de service ». Sans s’attarder sur le cas d’une célèbre académicienne (1). En 2015, leurs prédécesseurs avaient relevé des « errements » pittoresques : cet ancien chef de cabinet de l’Académie française, par exemple, bénéficiant de cinq logements à l’ceil, dont l’un dans un château ; ou le secrétaire perpétuel, Maurice Genevoix, puis sa veuve, créchant gratuitement, trente ans durant, dans un 137-m2 parisien (son successeur, Maurice Druon, occupait, lui, un vaste 7 pièces rue de Lille), etc.

Et les comptes ?

Pas florissants. La Cour déplore « une impasse de financement » de 54 millions sur les cinq ans à venir, en raison d’un programme de travaux de plus de 60 millions (dans le domaine de Chantilly, notamment, dont l’Aga Khan a renoncé à être le mécène).

Les institutions du quai de Conti sont pourtant assises sur un tas d’or : leur patrimoine financier (placements en Bourse et trésorerie) atteint le modeste montant de 1,2 milliard. Normal que ces miséreux réclament l’aide de l’Etat, par exemple à Chantilly (2).

En réponse aux rapporteurs grincheux, Xavier Darcos, chancelier de l’Institut, a assuré qu’il allait travailler « à la mise en ordre des comptes et de la gestion financière ». Ce même ancien ministre de l’Education qui, en 2008 sur Canal Plus, avait avoué qu’il était incapable de faire une « règle de trois ». Il va sûrement se faire aider.


1. Une tradition louable ?

Secrétaire perpétuel de l’Académie française depuis 1999, Hélène Carrère d’Encausse est aussi l’occupante perpétuelle d’un appartement gratuit dans le VIe arrondissement deParis. Elle bénéficie de la sorte du même privilège que ses illustres prédécesseurs, Maurice Genevoix et Maurice Druon.

Sauf que, en mai 2012, un décret a fixé les règles de ces logements mi-fonction, mi-habitation, prévoyant que leurs habitants versent une participation financière conséquente. Carrère d’Encausse (qui n’a pas souhaité répondre au « Canard ») s’appuie sur la tradition pour justifier cette faveur locative. Elle a pourtant déclaré ce bien au fisc comme « avantage en nature ». Avantage, c’est si vite dit !


2. Démission fracassante à Chantilly

Un départ en claquant la porte du château ! C’est ce qu’a officialisé, le 14 juillet dans une lettre à Xavier Darcos (chancelier de l’Institut de France), Didier Selles, l’administrateur général du domaine de Chantilly.

Ce président de section à la Cour des comptes, nommé fin mai et entré en fonctions le 1er juillet, ne sera resté que deux semaines…

Principal objet de son ressentiment : le projet de transformation d’un bâtiment historique, une annexe du château de Chantilly baptisée « château d’Enghien », en hôtel grand luxe. Ce monument serait privatisé, pour cinquante ans, au profit d’un unique exploitant. Et, pour l’heure, un seul groupe s’est porté candidat : celui de Frédéric Jousset, HEC, patron d’une grosse boîte de centres d’appels, propriétaire de « Beaux Arts Magazine » et pilote d’un groupe de travail sur le pass Culture, mis en place en 2018 par le ministère du même nom. Pour un projet hôtelier équivalent, proche du château de Versailles, une quinzaine d’offres avaient été reçues…

Pour ce projet comme pour d’autres, les conditions d’appel d’offres font grincer des dents. « Vous avez mentionné devant moi, à deux reprises, votre soupçon, voire conviction, que les en­treprises se sont entendues entre elles », n’hésite pas à écrire Selles (à Darcos), visant certains candidats aux marchés d’aménagements du château d’Enghien et de plusieurs dépendances du domaine de Chantilly. Une accusation à laquelle Darcos, contacté par « Le Canard », n’a pas souhaité répondre.

Le démissionnaire souligne aussi le manque d’ambition présidant au développement du domaine de Chantilly. Sur 7 800 ha (de forêt, essentiellement), il abrite un château classé et, dans son musée, la deuxième collection de peintures anciennes de France après celle du Louvre. Pourtant à l’abri du besoin, l’Institut, dont dépend le domaine, a ainsi réclamé 4,5 millions aux ministères de l’Economie et de la Culture pour qu’ils financent « le clos et le couvert » (toiture) du château d’Enghien, que va exploiter un groupe privé ! Avec cet argent, souligne Selles, on pourrait sauver le cabinet des livres, menacé d’incendie en raison de son installation électrique. Lequel abrite « La Joconde du manuscrit » : « Les Très Riches Heures du duc de Berry ». Si on les vendait aux hôteliers de luxe ?


J.-F. J. – Le Canard Enchainé – 21/07/2021


L’avis de l’administrateur. Le Canard enchaîné est bien gentil de dénoncer à longueur de semaine dans la gestion de l’État à divers strates, étages, fonctions, etc. Par contre, nous ne sommes pas certains qu’en calculant la totalité des inepties financières réglées depuis la nuit des temps par les différents gouvernements, ces montants auraient permis de conserver les différents services publics, la sécurité sociale ou la retraite telle qu’elle a été conçue en 1945. Dans ces derniers cas, il s’agit bien d’une volonté gouvernementale de cette droite réactionnaire nourrissant les capitaines d’industrie au détriment de la classe ouvrière. En ce qui concerne les positions aussi bien du « Canard enchaîné » que « Charlie hebdo » nous ne pouvons que constater qu’elles sont avant tout anti, très rarement en propositions de solution. MC

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