Un avis sur la validité du passe sanitaire…

« Le gouvernement se défausse de ses responsabilités sanitaires sur les salariés »

Le projet de loi étendant le passe sanitaire oblige à revoir le Code du travail en instaurant notamment le licenciement pour défaut de vaccination. « Nous attaquerons les mauvaises mesures », prévient Céline Verzeletti, de la CGT.

Le projet de loi sur le passe sanitaire fait bouger le droit du travail. Un salarié en contact avec du public pourra ainsi être licencié avec indemnités s’il n’est pas vacciné, à l’issue de deux mois de suspension de salaire et de contrat de travail.

En revanche, plus de perte de revenus pour les travailleurs à l’isolement car contaminés au Covid-19 : un amendement devrait mettre fin au jour de carence pour les fonctionnaires et instaurer des indemnités journalières pour les indépendants et salariés.

  • Comment la CGT évalue-t-elle ce nouveau texte ?

Céline Verzeletti – Le vaccin est le meilleur moyen pour lutter contre la pandémie. Mais la contrainte ne permet pas de convaincre de son utilité. Nous disons deux choses. D’une part, le gouvernement a une obligation de moyens pour mettre à disposition les doses à un maximum de personnes. Or les plus précaires et vulnérables sont souvent très loin des centres de vaccination.

D’autre part, nous constatons que le gouvernement se défausse de ses responsabilités sur les salariés, les individus, et n’assume plus ses obligations de moyens pour faire face à la crise sanitaire. Il contraint les travailleurs à se faire vacciner tout en bloquant l’accès aux vaccins à d’autres pays en ne soutenant pas la levée des brevets. La lutte contre la pandémie passe par la vaccination de tout le monde.

De même, il devrait soutenir les transports en commun alors que les bus et métros sont bondés et qu’il y est impossible d’assurer les distances physiques. Même chose pour l’accès aux services publics, rendus de plus en plus difficiles, et aux services hospitaliers. Les fermetures de lits se poursuivent.

Dans le même temps, les embauches promises n’arrivent pas. Tout ce qui est du ressort du gouvernement n’est pas fait. En revanche, il culpabilise la population et la divise. Chaque individu doit exercer ses responsabilités. Mais l’État doit assumer les siennes.

  • Comment réagissez-vous face aux modifications du droit du travail ?

Céline Verzeletti – Chacune des annonces sanitaires a fait voler en éclats des garanties contenues dans le droit du travail. Lors du premier confinement, il a fait exploser la durée légale du travail. C’est de nouveau le cas avec les annonces de Macron : les personnels soignants et les salariés en contact avec le public peuvent être licenciés, faute de vaccination.

Le passe sanitaire pourrait même rapidement devenir un critère discriminant pour les embauches, notamment chez les intérimaires et les saisonniers.

Il brise un peu du secret médical en donnant aussi accès aux employeurs à certaines données de santé de leurs salariés. Remarquons qu’aucune obligation ne pèse sur les donneurs d’ordre.

Pour eux, le ministère du Travail n’en reste qu’à des préconisations. Or, certains travailleurs sont toujours exposés au virus, faute de protection, d’autres sont contraints à du présentiel subi. Et on leur dit que sans passe vaccinal, ils peuvent être licenciés ? Où est la cohérence ?

  • Face à cette quatrième vague, quelles propositions aviez-vous formulées lors de vos rencontres avec le gouvernement ?

Céline Verzeletti – La médecine du travail aurait pu constituer un puissant levier de sensibilisation et de prévention. Elle n’en a plus les moyens et la réforme votée par la majorité n’arrange rien. Le gouvernement aurait aussi pu rapprocher les centres de vaccination des entreprises.

Au lieu de cela, les travailleurs doivent passer par des centres déjà engorgés. Heureusement que nous avons lutté pour que le temps nécessaire à la vaccination ne donne pas lieu à retenue sur salaire. Des réunions ont bien été organisées.

Mais un seul homme a décidé et les ministères courent derrière.

Notre rôle de syndicat est d’autant plus important. Nous décortiquons les décrets, informons les salariés, veillons aux conditions de travail. Et nous attaquerons les mauvaises mesures.


Stéphane Guérard – Source