Maire d’Annonay (07) avant d’être ministre !

Olivier Dussopt…

Le ministre des Comptes publics doit freiner les ardeurs dépensières des ministres, s’incliner devant celles de Macron et gérer sa petite boutique. Ereintant.

Dessin de Kiro – Le Canard Enchainé – 21 juillet 2021

Pour la première fois de sa vie, Olivier Dussopt, brave apparatchik socialiste inconnu du plus grand nombre qui a rejoint Macron en novembre 2017 en échange d’un strapontin gouvernemental, est au milieu d’un champ de mines.

Au PS, il a gravi tous les échelons : simple militant, secrétaire de section, responsable départemental, secrétaire national, maire et député. Le petit gars de l’Ardèche, enfant d’ouvriers qui ont connu la galère, a fait toute sa carrière à Annonay, dont il fut le maire.

Député consciencieux, il n’a pas marqué les foules.

On ne l’a jamais vu courir vers les caméras après avoir bien préparé la petite phrase cogneuse qui allait faire causer dans les gazettes. Un jour, il a vu que son parti, auquel il avait consacré vingt ans de sa vie, allait sombrer. Macron cherchait des prises de gauche, il s’est rallié. Il n’avait alors pas 40 ans. Ministre, pourquoi pas moi ?

II est aujourd’hui chargé des comptes publics, pas de la tarte.

Faire assumer les plans d’économie et les mauvaises nouvelles par un ministre de gauche issu d’un territoire en difficulté, Macron n’allait pas s’en priver. Dussopt doit désormais se méfier des mots explosifs qui s’insinuent dans les débats et dans les têtes et sont autant de pièges. Non, même si certains impôts rapportent plus que prévu, il n’y a pas de « cagnotte ».

Comment expliquer que, « 400 millions, c’est de l’argent » àqui demande une rallonge, quand les vannes sont ouvertes depuis dix-huit mois grâce au « quoi qu’il en coûte » ? Il va falloir rétropédaler en douceur, mes agneaux, l’argent public c’est comme une drogue, hein, mais on va débrancher tout doucement, ça ne fera pas mal.

Père la rigueur vs Père Noël

Mais qu’on ne croie pas que l’on va vers l’« austérité », autre concept maudit dans un pays où le PIB a connu un creux historique mais où les grandes fortunes atteignent désormais des sommets. « Augmenter les impôts »? Jamais. « Laxisme », clame une partie de la droite, qui n’oublie pas la promesse de campagne de Macron de baisser de 50 000 les effectifs de la fonction publique, promesse largement enterrée depuis la crise des gilets jaunes. Qu’entend-on ? « laxisme » ? s’interroge Bruxelles. Mais non, messieurs, vous n’y pensez pas. On visse, on visse.

Alors, Dussopt navigue. Bon, il sait faire. Au PS, il fut proche de Hamon et d’Aubry, puis de Hollande, puis de Valls (il fut son porte-parole lors de la primaire socialiste), avant de filer prêter main-forte à… Hamon. Il fut frondeur et vallsiste, Olivier, garde-toi à gauche, non, à droite !

Là, il lui faut regarder les ministres dépensiers d’un air désapprobateur, vous êtes vraiment incorrigibles, les gars, on a un déficit historique, et vous voilà tous au guichet. Mais il doit courber l’échine quand Macron annonce un cadeau nouveau à chaque déplacement. Et hop un Pass culture à 500 euros, et hop une hausse de salaire pour les profs, et hop la Garantie jeunes universelle…

Lui-même n’échappe pas, bien sûr, à la schizophrénie organisée, père la rigueur qui, de passage en Ardèche, se félicite d’avoir obtenu 700 millions d’euros pour ses ouailles. Il a fini par résumer ainsi sa position : « On ne peut pas dire non à tout, on ne peut pas dire oui à tout. »

Quand il ne court pas dans son champ de mines, Dussopt fait de la politique au plus haut niveau. Il a une grande ambition pour un microparti dont il s’occupe, avec le ministre Jean-Yves Le Drian : « Nous devons être le booster de gauche de cette majorité. »

Courant continu ou alternatif ?

Le microparti s’appelle Territoires de progrès (TDP) et veut donc être l’aile gauche de la Macronie. TDP est encore dans l’enfance, aussi n’a-t-il pas complètement réglé certains débats de fond, du genre : faut-il être un courant de LRM ou une entité indépendante ?

Vertigineuse question à laquelle Dussopt répond par une rhétorique que n’aurait pas désavouée Edgar Faure : « C’est dans le cadre collectif que notre singularité doit trouver sa place. »

Entouré de ses potes presque tous de gauche, Gilles Savary, ancien député, Emmanuelle Wargon (Logement), Florence Parly (Armées), Clément Beaune (Affaires européennes), Agnès Pannier-Runacher (Industrie), ils veulent « peser ».

Le grand frère LR-EM leur a laissé si peu de places éligibles au sein des listes pour les régionales que TDP n’est pas fichu d’avoir un seul groupe (5 élus minimum) dans la moindre région…

Mais ce n’est pas grave, ils ont un congrès prévu en octobre.

Lors de leur dernière convention, en décembre, ils avaient opté pour un thème palpitant : « Quel paysage social après la crise sanitaire ? ». Bon, ce n’était pas l’émeute. Il va leur falloir s’imposer, désormais, face au microparti de Barbara Pompili (Ecologie), en commun !, qui a les mêmes ambitions. Titanesque.


Anne-Sophie Mercier. Le canard Enchainé. 21/07/2021