Joli bois

C’est quoi l’écologie m’sieurs dames ?

Voilà un trou dans le paysage que les touristes pourront difficilement louper.

A Lyon, sur la colline de Fourvière, classée au patrimoine de l’Unesco, le promoteur lyonnais Nicolas Gagneux (6e Sens immobilier) a commis un massacre visible à des kilomètres à la ronde. Il a construit un cube de béton et de verre sur six niveaux qui pique les yeux à côté des bâtiments couleur jaune et ocre typiques du Vieux-Lyon. Il a surtout réduit façon puzzle 38 arbres, pourtant espace boisé classé. Et tout ça de manière parfaitement légale, dans une ville gérée par les écologistes !

En 2017, « le Bad Gone de l’immobilier » (comme le surnomme la presse locale) voit sa demande de permis de construire validée par l’architecte des bâtiments de France. Les érables, marronniers, frênes sont censés rester debout. Sauf qu’en mars 2018 Nicolas Gagneux obtient l’autorisation de couper 11 arbres au motif que 8 d’entre eux seraient « déficients », selon un diagnostic de l’Office national des forêts…

Une vingtaine sont aplatis par les bulldozers.

Le 29 juin 2020, le promoteur demande un autre permis d’abattage pour couper quasiment tous les arbres restants au prétexte, explique-t-il au média régional Mediacités (5/7), qu’ils ont été abîmés par les paysagistes ! Tout juste élus, les écologistes ne réagissent pas à temps, dans le mois suivant, pour s’y opposer. Bien joué ! Il rase tout. Le collectif des riverains voit rouge.

A la suite de l’article de Mediacités, la mairie de Lyon reconnaît publiquement « un gros gâchis » (France 3, 7/7). Histoire de calmer les mécontents, le promoteur promet de reverdir l’endroit. Ben quoi ? Un arbre, ça se replante, on ne va pas en faire un plat !

Le hêtre et le néant

Et d’ailleurs on n’en fait pas : le massacre d’arbres vénérables et protégés se répète partout à Paris, à Marseille, au Puy-en-Velay… La faute à une législation inadaptée, explique au « Canard » un architecte des bâtiments de France, spécialiste du végétal : « En ville, les moyens de protection relèvent du Code de l’urbanisme et non de l’environnement. On considère les espaces boisés comme du patrimoine mobilier. Sauf qu’on ne préserve pas un arbre comme une cathédrale ! Quand on flingue une racine, l’arbre meurt. Ce n’est pas un banc public qu’on peut remplacer. Il a mis cent ans à se développer. C’est un écosystème qu’on met à terre, avec lui l’effet climatisation dans les îlots de chaleur urbains. Mais, par bêtise, c’est pourtant ce que l’on fait… »

Au grand dam des riverains, toujours plus nombreux à défendre leurs arbres. En témoigne l’avalanche de pétitions en ligne sur le sujet. Des dizaines de milliers de personnes ont ainsi signé pour défendre un chêne quadricentenaire à Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne), un bouquet d’arbres au Petit-Montrouge (Paris XIVe), ceux du parc de la Maye de Bernet, à Bègles (Gironde)… Touche pas à mon arbre, malheureux !


Article non signé – Le Canard Enchainé – 14/07/2021