Des promesses et puis… des promesses… mais surtout des effets d’annonces.

D’aucun diront : les autres ont s’en fiche…

Peut-être, mais lorsque le locataire temporaire élyséen engage une promesse, il le fait au nom du peuple français et s’il s’abstient de les tenir, comment le peuple doit réagir ?

Oui, l’élection présidentielle est dans quelques mois, mais est-ce une raison d’annonce électoraliste puis de se parjurer, se ridiculiser au yeux des pays auxquels il a promis de fournir des vaccins destinés à enrayer la propagation de la Covid-19.

Est-ce dans la lignée des dispositifs, puis retrait de l’opération Barkhane en Afrique, une volte face de plus ? MC

Depuis le début de la pandémie, la France et les autres pays riches se montrent, à l’égard de l’Afrique, d’une grande générosité… en promesses. Créé au printemps 2020, le programme international Covax devait alimenter en vaccins les Etats n’ayant pas les capacités d’en acheter ou d’en produire en masse. Or, à ce jour, moins de 2 % des 1,4 milliard d’Africains ont reçu au moins une injection, et le continent importe 99 % de ses doses. Apparemment moins touché, il déplore quand même 150.000 décès, et une récente étude de l’université de Seattle indique qu’il faudrait multiplier ce chiffre par 3 ou 4…

Quelques lueurs d’espoir clignotent, tel l’engagement des États-Unis à livrer 20 millions de doses « très prochainement » et celui de la France d’en fournir le triple d’ici à la fin de l’année. Ou la signature, ce 8 juillet à Dakar, d’un accord de financement pour la construction d’un « pôle régional de production » de vaccins, hébergé par l’institut Pasteur. Objectif? 25 millions de doses… fin 2022. Pas bézef, comme on dit au nord du Sahel.

Egoïsme vaccinal

En mai, Emmanuel Macron avait dénoncé « une situation injuste et insoutenable », pressant la maison Covax de porter de 20 % à 40 % l’objectif de couverture vaccinale à l’horizon de l’automne 2021. Visée chimérique, à l’évidence. D’autant que, en plus du « moi-d’abord » pratiqué par les pays riches, les facéties de divers pouvoirs subsahariens aggravent le mal.

Illustration en quatre points…

  • Dérobade congolaise. Censé donner l’exemple, Félix Tshisekedi, le président de la République démocratique du Congo, affiche au grand jour sa méfiance envers le vaccin d’AstraZeneca, seul produit quelque peu accessible sur ses terres. « Je crois avoir eu raison de ne pas me faire vacciner », a-t-il claironné le 1er juillet. Depuis, son entourage rame pour amortir l’impact désastreux de ce « malentendu ». Dire que, six semaines plus tôt, le même Tshisekedi, le patron en exercice de l’Union africaine, avait fustigé à Paris les infos « antivax » des réseaux sociaux de l’ex-Zaïre… Depuis avril, sur 92 millions d’habitants, seuls 66 000 ont reçu une première injection.
  • Déni malgache. C’est à reculons que le très impulsif et très obstiné président malgache a consenti, à la fin de mars, à rallier le panache Covax. Andry Rajoelina, jusqu’alors, se shootait au déni et à la décoction d’artemisia, plante médicinale aux vertus préventives incertaines dont l’île Rouge est le deuxième producteur mondial. Mais l’enthousiasme a ses limites : ni Rajoelina ni sa famille, affirme-t-il, ne passeront par la case piqûre !
  • Escamotages camerounais. Petit paradis de la corruption, le royaume de Paul Biya (plus de trente-huit ans de pouvoir sans partage) s’est offert un « Covidgate ». Un rapport de la chambre des comptes de la Cour suprême dénonce pourtant les détournements de subsides alloués à la lutte contre la pandémie et la « gestion erratique » (joli euphémisme) du fonds de solidarité créé à cet effet. Exemple parmi d’autres ? Ces 16 ambulances payées deux fois leur prix et portées disparues.
  • Zigzag sud-af. Avec 35 % des contaminations enregistrées sur le continent (mais guère plus de 5 % de vaccinés), la nation arc-en-ciel, malgré son économie émergente, est de loin la plus touchée. L’exécutif sud-africain godille entre restrictions sanitaires sévères (socialement dévastatrices) et périodes de laxisme Au lendemain du sinistre record du 2 juillet (plus de 24 000 nouveaux cas), Pretoria est revenu dans le dur, refermant les écoles et renforçant le couvre-feu.

Négligé à l’extérieur, mal géré de l’intérieur, en manque cruel de vaccins, de tests, d’oxygène et d’équipements de protection, le continent noir est sacrément dans la seringue !


Jérôme Canard. Le canard Enchainé 14/07/2021


Dessin d’Aurel – le Canard Enchainé – 14/07/2021