Les e-motors vont transformer l’utilité des garagistes !

Le virage électrique prend des entreprises dans un étau : fermées ou se transformer… Mais, toujours avec des licenciements à la clé !

Vive la pseudo-évolution-révolution écologique… qui de plus n’est pas ce qui se fait de mieux pour l’environnement de la planète.

Emmanuel Macron, qui, au début de la pandémie, appelait à « rebâtir notre souveraineté nationale et économique », a joint le geste à la parole le 28 mai en visitant, à Douai, le site de la future usine qui fournira Renault en batteries pour ses voitures électriques. Elle est construite par une filiale… japonaise du groupe… chinois Envision.

Ce choix d’un partenariat asiatique n’a pas emballé Bruno Le Maire, qui avait plutôt conseillé à Renault de s’associer à une coentreprise formée par Total et PSA, créateurs d’une autre giga­-usine de batteries, à Douvrin (Pas-de-Calais). Les ouvriers de PSA, désormais en surnombre dans la fabrique voisine de moteurs thermiques, devraient y trouver refuge. Quel statut et quels salaires pour ces employés devenus sous-traitants ? Mystère.

Car, dans l’automobile, la promesse d’une mondialisation joyeuse et ensoleillée comme une nationale 7 vire au tête-à-queue. Les lendemains de Covid et la pénurie de composants asiatiques montrent les limites de la « voiture Lego » : pièces fabriquées dans des pays low cost, puis assemblées à des centaines de kilomètres par une main-d’oeuvre également à bas coût, pour être vendues… très loin.

La crise a ainsi contraint Peugeot à monter un compteur à aiguilles antédiluvien sur ses 308. Urgence climatique oblige, les constructeurs mettent le turbo pour passer à l’électrique. Or la casse sociale risque surtout de casser les sous-traitants, en particulier ceux qui opèrent dans le secteur des fonderies et fournissent les blocs de propulsion des moteurs à essence et Diesel.

Le tocsin pour les fondeurs

Les chiffres donnent froid dans le dos. Selon le rapport du cabinet Roland Berger remis au printemps aux industriels de la bagnole, 5 200 des 13 500 emplois de fondeur sont voués à disparaître dans les cinq ans. Les conflits des fonderies de Caudan (Morbihan), sous-traitant et filiale de Renault, MBF, à Saint-Claude (Jura), sous-traitant de Renault et de Peugeot, ou d’Ingrandes (Vienne) ont montré, ce printemps, que les salariés n’étaient pas décidés à quitter leur job sans résister. Au Mans, où la fonderie est intégrée à l’usine Renault, les bouteilles de gaz sont prêtes à sauter si la menace se précise, ont averti quelques desperados.

En prenant le virage électrique, ces boîtes pourraient normalement se recycler, les fondeurs d’aluminium, par exemple, fournissant châssis, carters de moteurs électriques, jantes, etc. Mais voilà : dans le modèle français, le donneur d’ordre fixe les prix, « souvent au centime près », comme le souligne un syndicaliste, ainsi que les délais, au plus court.

Quatre jantes en alu achetées à la Fonderie du Poitou coûtent 10 euros de plus que celles provenant d’une boîte marocaine à capitaux chinois. « Le prix d’un paquet de cigarettes », grince un délégué syndical. Et de rappeler que, si Renault offrait à cet unique fabricant français 11 % de sescommandes de roues (et PSA 6 %), la boîte ne serait pas, à court terme, acculée à fermer ses portes. Mieux : si, pour ses disques de frein, l’usine PSA de Rennes se fournissait auprès de la fonderie Renault du Mans, voisine de 160 km, il lui en coûterait 10 centimes de plus à l’unité que ceux qu’elle importe de Chine.

Dans ces deux exemples, le bilan carbone des produits importés est calamiteux. « Pas seulement à cause du transport, précise un expert au « Canard ». Au Maroc, où l’Etat fournit gracieusement l’énergie, la fusion des métaux se fait au gaz, grand émetteur de CO2. En Chine, on travaille avec le charbon, encore plus polluant. En France, elle est largement décarbonée. »

Psychopathes sans frontières

Etranglés par les constructeurs, ces sous-traitants n’ont plus un radis pour investir. La plupart sont condamnés à suivre en touristes la révolution de la voiture électrique. Et figurent d’ores et déjà sur la liste noire du rapport Roland Berger. MBF a d’ailleurs été mis en liquidation le 22 juin…

Au brutal modèle français, le cabinet oppose la coopération (efficace en Allemagne entre donneurs d’ordre et sous-traitants). Les premiers y sont « plus corrects en affaires (…), restent fidèles à leurs fournisseurs et savent les soutenir lors des périodes difficiles (…), permettant ainsi aux fondeurs [de] programmer leurs investissements » à long terme.

Voilà qui glisse sur la carrosserie des constructeurs français. PSA, par exemple, développe une activité de recherche et développement au Maroc et transfère des fabrications en Europe de l’Est. C’est le « prix à payer » pour vendre dans ces pays, argue la direction aux syndicats inquiets. Ce à quoi une déléguée réplique qu’« on pourrait se contenter de leur confier les productions destinées à être vendues sur leur marché intérieur sans les importer en France en profitant d’un dumping social éhonté ».

Et soutenu par le contribuable. L’Etat et la région Hauts-de-France ont, notamment, fortement contribué au développement du dernier moteur à essence de PSA, dont la fabrication a été confiée illico à… la Hongrie. Carlos Tavares, le directeur général du groupe Stellantis, constitué par la fusion des groupes PSA et Fiat-Chrysler, se vante donc à peine lorsqu’il se présente comme « un psychopathe de la performance ».

Y compris dans le social ?


Alain Guédé – Le Canard Enchainé – 14/07/2021