C’est plus la même chanson, dit donc mec !

Voilà un personnage (un de plus) qui arrange sa sauce (la vérité) pour faire le buzz…

Il ne fera (peut-être) pas un brillant candidat à la présidentielle, mais, pour l’auto-promotion, quel talent !

Le 28 juin, avec une gueule d’enterrement, Eric Zemmour annonce sur le plateau de CNews que son éditeur, Albin Michel, ne souhaite plus publier son prochain livre, prévu pour septembre. « J’ai reçu une lettre la semaine dernière de ma maison d’édition me disant qu’ils ne souhaitaient plus m’éditer, geint-il. Ils ont prétexté la présidentielle, le contexte politique, etc. Je me retrouve sans éditeur alors que mon livre est quasiment terminé. Il ne me reste plus que la conclusion à écrire. Je suis un peu en l’air. »

Aussitôt, ses amis crient à la censure ! Philippe de Villiers, autre auteur de la maison, annonce que, devant ce coup de Jarnac, il préfère claquer la porte. Lise Boêll, l’éditrice des deux hommes, démissionne dans la foulée. Jouant les victimes, Zemmour vient de s’offrir un joli coup de pub pour son prochain livre. Et il a touché 30 000 euros pour crier à l’assassinat. L’essayiste a raté deux fois l’ENA, mais il est agrégé de marketing !

Depuis trois mois, il sait que Gilles Haéri, le patron d’Albin Michel débauché de chez Flammarion, est inquiet. Selon les termes de son contrat signé en 2016, l’éditorialiste de CNews devait rendre son nouveau livre (un tonifiant regard sur la France qui sombre, se suicide, se décompose (au choix)) en 2019. Deux ans de retard, donc.

En avril, Haéri demande à Lise Boêll si la maison doit programmer ce bouquin en septembre (ou pas). Il insiste, il aimerait lire le ma­nuscrit, ne pas être obligé de le publier à la va-vite à la rentrée. Mais rien. Début juin, Haéri rencontre l’auteur.

Pourquoi ne pas repousser la publication à 2023 et la déconnecter de la présidentielle ? propose Haéri. Pas question, répond Zemmour : il a besoin que son livre paraisse en septembre pour lancer sa campagne. Campagne ? Zemmour sera donc candidat ?

Le nouveau patron d’Albin Michel lui explique qu’il ne veut pas faire la promotion d’un ouvrage de candidat, alors que sa maison a signé pour un livre de journaliste.

Proposition amiable : s’il veut écrire en candidat, il lui rend sa liberté. En échange, Zemmour demande de pouvoir garder les 30 000 euros déjà touchés, soit le tiers de son avance — plus une lettre pour officialiser la séparation.

Celle-ci lui est envoyée après trois semaines de discussions.

En l’évoquant sur CNews, Zemmour a simplement oublié de dire que cette séparation était négociée (et n’a pas souhaité répondre au « Canard » pour autant).

Un conte d’auteur

Il va pourtant se servir de cet écrit pour dénoncer une rupture de contrat. Son avocat réclame des millions à Albin Michel. « C’est une résiliation unilatérale, c’est pourquoi nous demandons une indemnisation de plusieurs millions d’euros », tempête Arnaud de Senilhes (« Livres Hebdo », 7/7). Devenir millionnaire avec un livre non paru, le rêve !

En attendant, il y a des chances pour que Zemmour s’auto-publie, cumulant ainsi les gains d’écrivain et d’éditeur. Le groupe Editis, propriété de Bolloré, a annoncé qu’il ne le publierait pas mais n’a jamais dit (nuance) qu’il ne le diffuserait pas.

Lise Boêll aurait, par ailleurs, assuré à son ancienne maison qu’elle n’éditerait plus Zemmour ; mais elle pourra toujours le conseiller. Pour son futur parti, le candidat potentiel a laissé filtrer un nom : Vox Populi. Les éditions existent déjà, mais… au Canada. Pas très patriotique.


Jean-Michel Thénard – Le Canard Enchainé – 14/07/2021