Otan et Europe au secours de Macron au Sahel

Le président espère obtenir un appui de l’Otan dans la guerre antiterroriste menée par la France au Sahel depuis plus de huit ans.

A cet effet, une base est actuellement aménagée au Mali, (près de la zone dite « des trois frontières ») avec systèmes de communication, de protection, eau, électricité, vivres, etc. Elle devrait abriter des hélicoptères, notamment italiens, pour d’éventuelles évacuations sanitaires, et quelque 500 hommes de la Nato Support and Procurement Agency (NSPA). C’est la première fois que la France demande l’assistance de l’Otan dans une opération extérieure dont elle a la responsabilité.

Cette institution de l’Alliance atlantique aura pour rôle d’assurer le soutien logistique (c’est-à-dire sans combattre) de Takuba — la force européenne dont l’Élysée et Florence Parly ne cessent, depuis plus de trois ans, de vanter les mérites, alors que ses effectifs venus du Vieux Continent sont toujours aussi maigrelets (600 hommes, dont 300 Français). Ce qui donne lieu à une plaisanterie facile chez les militaires : « La montée en puissance de Takuba se déroule à la vitesse de l’escargot. »

Le 9 juillet, lors d’une visioconférence organisée à l’Elysée, à laquelle ont participé les chefs d’Etat du G5 Sahel, Macron a pourtant laissé entendre qu’il comptait beaucoup sur le « développement » de Takuba pour réduire d’une bonne moitié le contingent français (5 100 hommes actuellement), et il a fixé la date de ce retrait à « avant le début de 2023 ».

Programme d’ « assassinats ciblés »

Deux autres initiatives sont annoncées par le chef de guerre Macron : le renforcement de la base aérienne de Niamey, la capitale du Niger, pour les Mirage, les drones et les autres avions français, et, surtout, la fermeture avant décembre des bases militaires de Tombouctou, Kidal et Tessalit, dans le nord du Mali. Remarque acerbe d’un diplomate : « il y avait déjà, non loin de ces bases, plusieurs villages contrôlés par les djihadistes, avec écoles coraniques et port du voile. Notre retrait va leur faciliter d’autres conquêtes. »

Reçue au Pentagone le 9 juillet 2021, Florence Parly a signé avec l’ex-général Lloyd Austin, secrétaire à la Défense, une convention jetant les bases d’un « partenariat stratégique » aux côtés des Américains « en Europe, au Sahel, au Moyen-Orient et en Indo-Pacifique ». Voilà, selon la ministre des Armées, qui confirme la volonté des États-Unis de continuer de déployer au Sahel leurs drones de renseignement et de combat ainsi que leurs ravitailleurs en vol, au profit, notamment, des Mirage français. Paris négocie par ailleurs avec les États-Unis pour obtenir de nouveaux drones Reaper, capables, entre autres qualités, de balancer des bombes à guidage laser.

La pratique de l’antiterrorisme aérien et l’élimination « par assassinats ciblés » des chefs terroristes est toujours au programme des réjouissances élyséennes, même si cela ne permettra pas l’« éradication du virus djihadiste », comme on l’admet à mi-voix au ministère des Armées et au Quai d’Orsay.


Claude Angeli. Le Canard enchaîné. 14/07/2021