Marion Cotillard

L’actrice la plus titrée et la mieux payée du cinéma français est « décroissante »… plutôt pour les autres.

Dessin de Kiro – Le Canard Enchainé – 14/07/2021

Elle n’avait pas du tout l’air exténuée, Marion Cotillard, en montant les marches du Palais des festivals.

Un jour en salopette, un autre en robe relax, sabots et panier en osier, c’est vrai, quoi, ras le bol de ces paillettes, revenons à l’authentique, mais l’essentiel est que le tout soit griffé Chanel, bien sûr.

Pourtant, entre le tournage du film de Leos Carax, « Annette », où elle a fait preuve de son perfectionnisme habituel, joue, chante et danse, deux films prévus pour 2022 et la production d’un documentaire écolo projeté aussi à Cannes, « Bigger Than Us », l’actrice (un Golden Globe, un Oscar, deux Césars) est en pleine explosion professionnelle. Sans compter que son engagement politique ne faiblit pas.

Elle a pris quelques coups depuis 2007, année où, il faut bien l’admettre, elle avait fait fort. Ah, cette interview cultissime à « Paris Première », ce « je pense qu’on nous ment sur énormément de choses : Coluche, le 11-Septembre… », ah, ce « est-ce que l’homme a vraiment marché sur la Lune ? ».

L’année dernière, elle a soutenu un manifeste anticonsumériste appelant à changer de monde. « On est arrivé à une soif de profits qui a entraîné un gaspillage ahurissant. »

Depuis qu’elle est enfant, Marion a peur « de la pauvreté, de la misère généralisée, de notre mode de vie fondé sur une consommation frénétique, tout cela [la] terrifie ». Son engagement aux côtés de ceux qui souffrent n’a donc rien de récent. Marion Cotillard est écolo, soutien de Greenpeace depuis vingt ans.

Fantasme éthique

Elle reste très discrète sur ses nombreux voyages en avion ou en jet privé, sur le montant de son contrat avec la maison Chanel, contrôlé par une holding implantée aux Pays-Bas, mais, de toute façon, cela a peu d’importance. Le film de pub qu’elle vient de tourner pour le parfum Chanel N° 5 est « engagé », « presque punk », et elle en apprécie la « radicalité ».

En 2009, elle déclarait : « J’ai cessé de me parfumer, c’est tellement nocif et dangereux pour l’homme et pour la couche d’ozone, ces quelques gouttelettes odorantes ! » Mais, là, c’est différent, bien sûr, parce que ce parfum est progressiste. Si, si. Il respecte « un parfait équilibre masculin I féminin ».

Cette collaboration avec Chanel, qui succède à celle longtemps scellée avec Dior, l’enchante : « Gabrielle Chanel s’est imposée dans la mode et la parfumerie à une époque où la femme devait se battre pour exister, cela me touche profondément. » La « féministe » Chanel, qui détestait « les femmes qui portent la culotte », avait pourtant quelques défauts : elle a licencié ses ouvrières qui avaient manifesté pour une augmentation de leurs salaires en 1936, faisait preuve d’un soupçon d’antisémitisme, que la fin de la guerre ne fit hélas pas disparaître, et d’un penchant marqué pour l’Abwehr, le service de renseignement allemand. Mais Marion ne peut pas tout savoir.

Marion est enthousiaste et très loyale avec les marques qui la financent. Du temps de ses contrats avec Dior (groupe LVMH), elle adorait ses robes, « des oeuvres d’art », et affirmait : « Mon aventure avec Dior est avant tout d’ordre artistique. » Si c’est pour l’art, alors, y a rien à dire.

Peut-être un peu gênée, elle avait ajouté : « L’argent que je gagne me permet de produire un documentaire sur la déforestation. » La réalisatrice de « Bigger Than Us », elle l’a rencontrée « dans le cadre d’une retraite autour d’un humaniste indien qui prône l’écologie spirituelle ». Elle porte des bijoux Chopard mais précise : « Je suis fière de porter des pièces éthiques, car elles sont fabriquées en or Fairmined » (provenant de mines écoresponsables), ouf. Mais, bon, dans la vraie vie, c’est très différent : « J’ai un collier, acheté aux États-Unis, fait par des Indiens, avec plein de petites pierres au centre et une labradorite qui possède des vertus énergétiques auxquelles je crois beaucoup. »

Visa d’exploitation

La grande rencontre de sa vie, c’est celle du paysan, essayiste et conférencier à succès Pierre Rabhi, pas forcément éloigné de certains patrons comme Jacques-Antoine Granjon ou Emmanuel Faber, ex-dirigeant de Danone. Cet apôtre de la décroissance, qui appelle à l’« insurrection des consciences » mais qui, selon « Le Monde diplomatique », vit confortablement en exploitant une main-d’oeuvre bien peu payée, l’a guidée vers la bonne voie.

Comme lui, elle fustige le « non-partage des richesses ». Comme lui, elle condamne « ces firmes dont l’obsession est la domination par le profit », et affirme haut et fort : « On ne peut plus continuer comme ça, à être dirigés par l’argent. »

Elle trie ses déchets, a changé de produits de beauté, éteint la lumière quand elle sort, mange bio et sain. Elle a même arrêté le Nutella.


Anne-Sophie Mercier. Le Canard Enchainé. 14/04/2021