Ces riches veulent aller plus haut que les autres.

Les milliardaires Elon Musk, Richard Branson et Jeff Bezos, ont tous trois investi dans l’aventure spatiale.

Les deux derniers se tiraient la bourre, ces jours-ci, pour décrocher le titre de premier touriste de l’espace.

Le Britannique l’a emporté, le 11 juillet 2021, qui a grimpé avec son « SpaceShip » jusqu’à 80 km de hauteur, la limite de l’espace selon les Américains.

Un titre largement usurpé puisque plusieurs milliardaires depuis les années 2000 avaient déjà payé plusieurs millions de dollars pour voler sur « Soyouz ». Mais Branson n’est pas là pour parler vrai, juste pour faire la promo d’une nouvelle industrie, le « tourisme spatial ».

Les riches en avaient ras le bol du tourisme de masse.

Même à coups d’îles privées, de jets perso et d’hôtels de superluxe, ils finissaient toujours par croiser un pauvre.

Résultat, ils ont inventé le tourisme spatial pour être sûrs de rester entre eux.

Il y a le « tourisme durable » pour le pékin moyen, sommé de voyager responsable sans avion, sans palace, sans déchets, sans viande pour réduire son bilan carbone, lutter contre le réchauffement climatique et ainsi préserver la planète. Et puis il y a ceux qui quittent la planète et s’en foutent de leur bilan carbone, brûlent du kéro à tout-va et de l’hydrogène liquide à tire-larigot.

La croisière spatiale s’amuse.

Les riches prennent le tourisme spatial au sérieux car il y a du pognon à gagner. Plus la planète souffre du Covid, plus il y a de milliardaires prêts à changer d’air.

Rien qu’en France, ils sont passés de 95 à 109 pendant la pandémie. Et le patrimoine cumulé des 500 plus grandes fortunes de France a augmenté de 30 % en un an, selon le magazine « Challenges ».

Qui dit mieux ? Les premiers de corvée applaudissent devant ces prouesses de cours de Bourse. Eux ne demandent pas la Lune. Ça tombe bien, ils ne sont pas près de l’obtenir. Les autres peuvent rêver de se tirer d’une planète qui menace d’exploser sous le poids de ses inégalités. Ce n’est pas un hasard si les riches veulent avoir plus d’espace…

Elon Musk prévoit des hôtels en orbite et des « star bars ». Jeff Bezos, l’homme le plus riche du monde, lui, a carrément pris sa retraite d’Amazon (il en demeure président du conseil d’administration, qu’on se rassure) pour se consacrer à son premier vol, le 20 juillet 2021. Il ne doute pas du succès, qui embarque dans sa fusée son frère et un chanceux qui a remporté un strapontin aux enchères contre la modique somme de 28 millions de dollars. A ce prix-là, il vole en business ?

Branson, lui, brade les prix. Il amènera des touristes à 100 km d’altitude contre 200 000 dollars le billet. C’est donné…

Connaître enfin l’apesanteur et admirer la courbure de la Terre, ça n’a pas de prix. La liste des prétendants est déjà longue de plusieurs centaines de noms, car c’est du dernier chic de quitter la planète. La nouvelle lutte des classes est dans l’espace. La preuve, une pétition circule dans le but d’interdire à Jeff Bezos de revenir sur le plancher des vaches.

Les petites gens manquent de hauteur.


Jean-Michel Thénard. Le Canard Enchainé. 14/07/2021