La réforme des retraites, c’est reparti.

À peine sortis de réanimation, les Français sont priés de se remettre au boulot immédiatement jusqu’à 64 ans.

On ressort les gardes-chiourme du libéralisme comme Alain Minc et quelques autres, qui annoncent tambour battant aux galériens qu’ils devront partir plus tard que prévu à la retraite. Il en va de l’avenir du pays.

L’argument est toujours le même. Les gens devront travailler plus longtemps parce qu’ils ont le malheur de vivre plus longtemps, et avec des actifs qui cotisent moins nombreux que les inactifs, le déficit se creuse de manière abyssale. Car aujourd’hui, tout est mathématique.

Notre vie se juge avec des mathématiques. Notre existence, qu’on croyait faite d’émotions, de sentiments et de pensées, n’est en réalité qu’un tas de pourcentages et de courbes. On peut effectivement tout ramener aux mathématiques. On peut tout voir à travers des chiffres. La durée de vie d’un cheveu, le nombre de spermatozoïdes à chaque éjaculation, le nombre moyen de natalité par pays, la longueur de l’intestin grêle, etc.

Après des milliers d’années d’évolution, l’être humain atteint le stade ultime de ce long processus : descendant du singe, l’homme s’est métamorphosé en chiffres et en pourcentages.

Donc il faut partir à la retraite à 64 ans. « Ce n’est pas moi qui le dis, c’est ma calculatrice », nous répondra lâchement le énième ministre en charge de ce projet de loi. Mais imaginons que cela soit vrai. Qu’il soit justifié d’arrêter de travailler plus tard pour obtenir les trimestres nécessaires afin de jouir d’une retraite à taux plein qui, dans le meilleur des cas, ne représentera que 50% de notre salaire, ce qui devrait, d’après les spécialistes, suffire à maintenir en vie 100 % de notre corps. On n’ose pas poser la question de savoir comment, de peur de passer pour d’affreux socialo-communistes.

Une année de cotisation à 64 ans est-elle exactement la même qu’une année de cotisation à 25 ans? Bien sûr que non.

Même si, dans l’hypothèse la plus optimiste, on avait encore envie de travailler à 64 ans, nos capacités de concentration et d’investissement ne seraient définitivement plus les mêmes. Et on ne parle même pas des métiers physiques…

Vivre plus longtemps ne signifie pas ne pas vieillir. La vieillesse n’a pas disparu, elle nous envahira inéluctablement, et ce projet de retraite à 64 ans aurait le pouvoir surnaturel de repousser d’autant l’usure de nos corps et de nos esprits.

Mais les réformateurs du système de retraite n’ont que faire de cette réalité bien plus incontournable que la réalité comptable qu’ils invoquent et dont ils affirment qu’elle est supérieure à tout ce qui existe sur cette planète. On choisit toujours la réalité qui nous arrange.

Donc, ces réformateurs considèrent qu’une année de vie à 64 ans est la même qu’une année de vie à 25 ans. C’est évidemment faux, et on pourrait imaginer un système où une année de travail à partir de 60 ans gratifierait le salarié d’une année et demie ou de deux années de cotisation. De cette manière, on tiendrait compte du fait qu’on ne travaille plus de la même façon à 64 ans et à 25 ans.

Mais visiblement, aucune disposition de cette nature qui modulerait le calcul des trimestres n’est prévue. Les idéologues de la réforme l’imposeront à tous, avec le culot de parler d’égalité entre les générations avec des trimestres identiques. L’égalité, une fois de plus, a bon dos et on la ressort quand ça arrange les réformes qui remettent en cause les droits acquis.

Cette remise sur les rails de la réforme des retraites est d’autant plus dérangeante qu’elle intervient après une pandémie terrible qui a envoyé au cimetière des milliers de retraités. Que n’a-t-on entendu qu’il fallait sauver nos «seniors», protéger nos « anciens » de cette épidémie meurtrière !

L’âge avancé ne leur permettait pas de se protéger du virus, mais devrait par contre leur permettre de travailler encore quelques années de plus. La compassion pour la vieillesse est à géométrie variable, et le « quoi qu’il en coûte », dont on nous dit qu’il ne peut pas durer éternellement, va de nouveau entrer en action, mais cette fois aux dépens des corps de nos vieux.

Leur carcasse devra encore travailler pour la France et son PIB. Quoi qu’il en coûte. En une année, Macron aura vaincu le virus et la vieillesse. Il ne lui reste plus qu’à ressusciter les morts, multiplier les pains, marcher sur les eaux et se présenter à l’Élysée


Édito de RISS – Charlie Hebdo du 07/07/2021

Une réflexion sur “La réforme des retraites, c’est reparti.

  1. jjbey 15/07/2021 / 09:57

    L’objectif de cette réforme, c’est 17 milliards d’économies sur le dos des retraités soit en moyenne 1 000 € par an et par retraité. Les inégalités entre régimes sont criantes il suffit d’aligner les régimes les moins bons sur les meilleurs. Vous dites non? On ne vous demande pas votre avis! On vous raconte qu’il faut partir plus tard, mais on oublie de dire que l’évolution technologique augmente considérablement la production de richesses par actif et qu’il n’y a pas de travail pour tout le monde, qu’il n’y en aura encore moins demain. Il vaut mieux avoir des retraités que des chômeurs, mais ce n’est pas le choix de cette société dans laquelle seule la loi des dividendes édicte les mesures gouvernementales.

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