Tiny House

Habiter une minuscule maison… pour élargir son horizon.

Ainsi pourrait-on résumer la motivation des adeptes de la vie en « tiny bouse ». Car choisir un logement lilliputien facile à déplacer et respectueux de l’environnement conduit aussi à s’alléger du superflu et rapproche de la nature. Les « tinystes » (leur nom d’usage) entendent ainsi redonner du sens à leur vie, y réintroduire sérénité et harmonie.

[…]

Des ingénieurs, designers et architectes se penchent sur les défis inhérents à ces résidences en modèle réduit : garantir une espérance de vie d’au moins cinquante ans à ces structures en bois ainsi qu’une isolation sans défaut; optimiser une surface très limitée (en moyenne 15 mètres carrés); atteindre l’autosuffisance en eau et en énergie ; inventer de nouveaux codes esthétiques tant pour l’extérieur que pour l’aménagement intérieur…

[…]

Instagram, Pinterest, d’autres sites et des blogs se font les vitrines de micro-maisons de plus en plus attrayantes. Le Collectif Tiny House (1) a vu par exemple quatorze mille cinq cents personnes rejoindre le groupe créé sur Facebook en 2016. Sur YouTube, ce sont trente-six mille abonnés qui suivent la websérie Tiny House Livingston lancée il y a deux ans par Jonathan, un trentenaire ayant opté pour le cocon sur roues. On est loin du raz de marée, mais une communauté est née.

[…] La maisonnette de Lars Herbillon, jeune Alsacien de 22 ans, est loin du dépouillement austère : sa tiny est archi cosy et son occupant ne se sent pas à l’étroit dans ses 20 mètres carrés. […]

Lui était encore un lycéen douillettement installé dans la maison familiale de 280 mètres carrés, à Colmar, lorsqu’il a décidé de construire lui-même ses futures pénates d’adulte. […] L’entreprise lui a pris trois ans et coûté 26.000 euros. Mais sans la solidarité d’autres passionnés, il aurait peut-être abandonné. […]

Animateur, dès les débuts de son chantier, d’une chaîne sur YouTube où ses vidéos récoltent des dizaines de milliers de vues, Lars partage à son tour son quotidien de tinyste désormais aguerri (il a fait deux fois le tour des quatre saisons) sans bouder son plaisir. […] Panneaux photovoltaïques pour alimenter les batteries fournissant le courant, eau de pluie récupérée et filtrée… Lars avait tout prévu.

Sauf peut-être « les insectes, la chaleur l’été, les odeurs toujours plus concentrées dans un espace réduit, le réseau numérique aléatoire ». « Je me suis fait une frayeur l’hiver dernier car j’étais sur un terrain inondable dans la plaine alsacienne quand les vents se sont mis à souffler à 130 kilomètres/heure et la pluie à se déchaîner. La tiny bougeait dans tous les sens, et il y avait un vacarme incroyable. J’ai vraiment hésité à évacuer ».

Tout s’est bien terminé, à part une infiltration longue à colmater.

Lars met en garde : « Lors de la construction, il faut vraiment veiller à l’étanchéité », Et peut-être, aussi, se mettre préalablement à l’épreuve. […]

Avant d’entamer fin juin près de Caen la conception de son habitation légère et mobile, Fanny Moritz, 33 ans, a eu les bons réflexes : séjour temporaire en tiny, visite d’une quinzaine de modèles différents, évaluation de ses capacités. « Je n’ai jamais planté un clou ni même changé une ampoule Je pars de très très loin! » reconnaît cette conférencière en entreprise sur les thématiques environnementales.

Fin 2019, à son retour de Hongkong, où elle a vécu huit ans, cette militante du zéro déchet est déterminée à concrétiser son projet de construire une habitation de 13 mètres carrés, bioclimatique et autonome.

Son objectif : entamer une tournée dans les régions et y proposer des conférences, des ateliers pour sensibiliser aux moyens de réduire son empreinte carbone. Fanny se voyait déjà sur les routes cet été. « Je me suis pris une grande claque : à l’automne 2019, 90 % des artisans me répondaient qu’ils n’avaient aucune disponibilité avant 2022 ! ». 

Les bons tuyaux de la communauté lui ont finalement permis de se faire guider par un compagnon du devoir sur un chantier en Normandie. Son oeuvre, elle la veut « coquette, avec un canapé en U pour recevoir jusqu’à huit personnes et assez haute sous faîtage pour pouvoir tenir debout sur la mezzanine ». Car, sans renoncer au principe d’une décroissance maîtrisée (sont prévus des toilettes sèches, un poêle à bois, un garde-manger et un « frigo du désert » en terre cuite en lieu et place d’un réfrigérateur, un système de phyto-épuration des eaux usées…), pas question pour Fanny de s’accommoder d’un cadre de vie lambda.

« Une tiny house, tout en matériaux nobles, n’a rien à voir avec un camping-car vendu avec son équipement standard… et bourré de plastique ; je l’envisage comme un reflet de ma personnalité, de mes goûts et de mes convictions ».

Guy Tapie, professeur de sociologie à l’École nationale supérieure d’architecture et de paysage de Bordeaux, […] imagine plus facilement la tiny comme solution lors de tournants de l’existence, une solution économique lors d’une rupture, d’un changement de cap, du départ des enfants ou de l’accueil des vieux parents. Comme une mini-résidence secondaire installée… dans le jardin.

Il constate par ailleurs que ses étudiants se penchent de plus en plus sur l’enjeu humanitaire de ces micro-maisons. [….] La France, souligne le professeur Tapie, commence aussi à prendre en compte ces habitats alternatifs. Ces petits logements parfaitement optimisés avec des emplacements bien distincts pour chaque fonction vitale (manger, dormir, se laver) offrent un double sentiment d’indépendance et d’intimité qu’un hébergement d’urgence en hôtel détruit à coup sûr.

Une nouvelle fonction pour les tiny houses, certes bien éloignée de leur vocation d’origine mais que les crises économiques, sanitaires, climatiques pourraient renforcer. […]


Sophie Bertier- Télérama N° 3730 – 07/07/2021. Titre original : « La folie du tout petit ».


  1. https://www.facebook.com/CollectifTH

  • À consulter: tinyhousefrance.or