L’extrême droite Espagnol ne supporte pas l’humour.

Un tweet de Vox, le parti espagnol d’extrême droite, à l’encontre du journal satirique El Jueves inquiète les démocrates. Vox y fait de la délation en donnant le nom et la localisation des bureaux de l’éditeur du journal. Sur Twitter, le parallèle est fait avec Charlie Hebdo. Extrême droite, islamistes, deux tendances, mais une même haine envers l’humour.

On ne savait pas les fachos aussi sensibles. José Antonio Ortéga Lara, l’un des fondateurs de Vox, le parti d’extrême droite espagnol, est une petite nature. Décoiffé par une série de caricatures le ridiculisant, il a, via son parti politique Vox, balancé sur Twitter le nom et la localisation du président de RBA, le groupe éditeur de El Jueves, un hebdo de caricatures et de satire politique.

Le petit frère hispanique de Charlie Hebdo, n’a pas froid aux yeux.[…] El Jueves« l’hebdo du jeudi paraissant le mercredi » – a la dent dure et tape tous azimuts.

Brune rancune

Ce qui enflamme la toile ces temps-ci n’a pourtant rien de très subversif. Un dessin, paru dans les colonnes d’El Jueves, montre un personnage – Ortéga Lara – allongé sur un transat. Il est rouge écrevisse, couvert de pustules et de cloques. La bulle lui conseille de ne pas s’exposer ainsi aux rayons du soleil « après être resté si longtemps à l’ombre ».

Une référence directe à la captivité d’Ortega… il y a près de quinze ans ! À la fin des années 1990, l’homme, alors fonctionnaire de l’administration pénitentiaire, est pris en otage par ETA. Par cet enlèvement, le groupe indépendantiste basque espère faire pression sur le gouvernement espagnol pour obtenir le rapprochement des prisonniers basques que le pouvoir madrilène éparpille aux quatre coins du pays.

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Devenu victime du terrorisme, Ortega obtient le droit de quitter son travail et d’être pris financièrement en charge par le pays. Il en profite pour militer plus encore au Parti Populaire (un parti de droite) avant de le quitter lorsque celui-ci tente d’édulcorer son programme pour se rapprocher des centristes. Pas de ça pour Ortega, qui décide d’aller à fond les ballons à droite toute. Il fonde Vox avec quelques comparses qui tendent facilement le bras, même devant les photographes.

Point commun des fascistes du monde entier : ils ont la rancune tenace.

Mardi dernier, Vox a agrémenté sa petite délation, digne du passé franquiste du pays, de quelques commentaires incitatifs.

Dans son tweet, Vox a estimé que l’hebdo satirique est « vecteur de haine pour des millions d’Espagnols » et qu’il ne faudrait pas s’étonner si, en croisant le directeur du journal, certains auraient envie de lui « demander des comptes ». À coup de sabre, de Kalachnikov ou de banderilles ?

« Je suis très content que mon travail emmerde les pleurnichards de fascistes »

Sur les réseaux sociaux, les réactions à ces menaces indirectes ne se sont pas fait attendre. À gauche, Juan Carlos Monedero, l’un des fondateurs de Podemos, écrit sur Twitter : « En France, les gens qui font ce genre de choses sont les jihadistes. » Des twittos reprennent d’ailleurs ses références aux massacres islamistes au sein de la rédaction de Charlie Hebdo ou à la décapitation de Samuel Paty.

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Mais les meilleures répliques viennent sans doute du journal lui-même. « Je suis très content que mon travail emmerde les pleurnichards de fascistes », a twitté l’un des dessinateurs d’El Jueves, tandis que la rédaction résumait avec humour la pensée binaire de Vox : « Et maintenant, pour démontrer que nous ne sommes pas d’extrême droite, nous allons faire la même chose que tous les autres groupes d’extrême droite. » À savoir intimider et appeler à la violence.

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Natacha Devanda. Charlie hebdo Web (extraits). Titre original : « Espagne : l’extrême droite et la haine de l’humour ». Source