Ces déchets électroniques dangereux !

Nous le disions dès l’emballement pour ces véhicules « électriques », ces téléphones, tablettes, ordinateurs portables dont on ne sait comment recycler les batteries aux terres rares et produits nocifs qu’elles contiennent. Il y a un gros danger potentiel pour la santé des humains, la faune, la flore, les rivières et océans, la planète. Vive l’écologie ! MC

On se souvient (peu) de cette Société des Nations (SDN) d’avant la guerre, incapable de remettre le petit caporal Hitler à sa place. Impuissante à entraver les cavalcades coloniales de Mussolini. Infoutue de sauver la République espagnole de la pègre franquiste.

Eh bien, ça recommence avec l’ONU et ses satellites, comme l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Cette dernière vient de pondre un chef-d’oeuvre involontaire, sous la forme d’une grande incantation. Soit un rapport (1), dont voici l’incipit, auquel il ne manque qu’une musique de film noir, agitatissimo : « L’OMS lance un cri d’alerte : la forte hausse du volume des déchets électroniques met en danger la santé de millions d’enfants. »

Combien de ces déchets dans notre joli monde?

On ne sait plus, car ça augmente trop vite. Probablement autour de 60 millions de tonnes par an.

L’OMS, qui emploie à ses heures des poètes, précise : « Les déchets électroniques produits l’an dernier représentaient l’équivalent, en poids, de 350 navires de croisière qui, placés bout à bout, formeraient une ligne de 125 km de long. Cette augmentation du volume des déchets devrait se poursuivre à mesure que l’utilisation des ordinateurs, des téléphones portables et des autres appareils électroniques dont l’obsolescence est rapide, continue de progresser ».

À l’autre bout, s’alarment nos philanthropes, des gosses, dont certains n’ont pas 5 ans, qui fouillent les entrailles des vieux ordinateurs. Combien sont-ils? Mystère. Ils « travaillent » en effet dans le secteur informel. Disons 10 millions. Ou 15. Ou plus. Et pour eux, il faut « des mesures plus efficaces et plus contraignantes ».

Aucun doute, ça va saigner, car l’OMS ne parle pas pour ne rien dire.

En 2013, elle avait déjà organisé une réunion cravatée sur le même sujet et lancé la « déclaration de Genève » pour définir « une série d’objectifs visant à améliorer la protection des enfants contre les substances dangereuses libérées lors des activités de recyclage des déchets d’équipements électriques et électroniques ».

Damned, ça n’a pas marché.

C’est qu’il ne faut pas embêter les Gafa, dont la santé de chaque unité (bien au-delà d’Apple et Google) dépend in fine de la saturation des marchés mondiaux de l’électronique. Et qu’il n’a jamais été question de remettre en cause un ordre commercial qui sépare radicalement les pays qui dégueulent et ceux sur lesquels on dégueule.

Les nations impériales et les cloches sous-prolétaires. Ne pas croire que les bonnes âmes de l’OMS se voilent la face. Marie-Noël Bruné Drisse, l’auteure principale du rapport, raconte par exemple ceci : « Un enfant qui mange un seul oeuf de poule venant d’Agbogbloshie, une décharge de déchets située au Ghana, ingérera 220 fois la dose quotidienne tolérable de dioxines chlorées fixée par l’Autorité européenne de sécurité des aliments ».

Agbogbloshie est devenu en quelques années la référence mondiale. On trouve facilement un film dément sur Internet, où l’on voit ce que signifie notre monde réel (2). Des gosses, pieds nus dans une géhenne de bouts de métal coupants et de déchets brûlés, font un feu de joie avec nos prises et raccords d’ordinateurs portables. Une fumée grise leur rentre dans le nez et les yeux d’où surgiront avec un peu de chance des filaments de cuivre qui seront revendus quelques centimes.

Mais que faire donc de ces déchets?

En France, les aveugles volontaires (« cachez ce sein que je ne saurais voir ») conseillent dans leur novlangue publicitaire de « recycler, revendre ou rapporter au magasin ». Mais rien ne sert de rien, car l’océan est plus grand que la petite cuillère avec laquelle on prétend le vider.

Le taux de recyclage serait de 17 %, et l’on peut même, sans mauvais esprit, douter du pourcentage. On mélange en effet allègrement et la collecte et le recyclage lui-même. Qui vérifie quoi? Comment?

Reste le menu détail de notre responsabilité personnelle. Nul ne peut s’en exonérer, et c’est d’ailleurs l’une des particularités de cette guerre que l’on appelle la crise écologique. Le front n’oppose pas deux ennemis, il passe désormais à l’intérieur de nous-mêmes.


Fabrice Nicolino. Charlie Hebdo. 30/06/2021


  1. Le résumé : who.int/fr/news/item/15- 06-202 1-soaring-ewas te-affects-the-health-of-millions-of-children-who-warns ; le rapport : who.int/publications/i/item/9789240023901
  2. france24.com/fr/20190614-reporters-dechets-electroniques-ghana-agbogbloshie-decharge-poubelle-europe-environnement