Retour sur un camouflet sévère.

« Les élections locales n’appellent pas de conséquences nationales », a raconté Macron à l’hebdomadaire « Elle » à paraître vendredi 02/07/2021.

D’abord en y impliquant nombre de ministres, et même le premier d’entre eux. Ensuite en intervenant lui-même avec son tour de France ou en supervisant des manœuvres tactiques avec sa stratégie consistant, à défaut de pouvoir gagner, à continuer de fracturer la droite en y semant la zizanie. Sauf que les ministres ont échoué et que la droite est sortie requinquée et la gauche aussi.

Une sévère dégelée sur tous les plans pour la Macronie, avec, au second tour, La République en marche (LR-EM) à moins de 7 %.

D’où cette tentative de Macron, pour passer plus vite à la suite, après ce revers à une élection locale qu’il s’était employé à nationaliser, de la minimiser. Et, tout en affirmant prendre « très au sérieux » l’abstention record, de s’en servir en même temps pour faire répéter que, si le fait que pas loin de 7 électeurs sur 10 n’ont pas voté relativise le score de ceux qui ont gagné, il relativise également la signification de celui des perdants.

Arithmétiquement, ce n’est pas faux.

Sauf que les gagnants sont bien là pour six ans et que le locataire de l’Elysée ne sort évidemment pas renforcé par les mauvais résultats de son camp. Et va devoir désormais compter à droite, plus sérieusement avec Bertrand, rengorgé par sa victoire dans les Hauts-de-France. Pour autant, Macron l’a dit à Douai à l’intéressé, il voit en ces élections « une étape ». Et, nous sommes priés de le croire, les victoires comme les défaites d’étape n’ont pas de « conséquences nationales» pour la suite.

Et le même de s’attribuer au passage une part dans la défaite de Marine Le Pen, tout aussi sinon plus retentissante que la sienne. Si, comme l’a dit Najat Vallaud-Belkacem à propos de cette élection, qui a conforté à droite et à gauche les vieux partis et leurs sortants au détriment des macronistes, « le dégagisme a été dégagé », le Rassemblement national (RN) n’a pas non plus rassemblé.

Dessin de Chappatte – Le Canard Enchainé 30/06/2021

Non seulement le parti lepéniste n’a emporté aucune région, mais il a laissé dans l’affaire pas loin d’une centaine de conseillers (de 356 à 252), en perdant la moitié de ses cantons.

Et Macron n’hésite pas à se parer ainsi du rôle de « rempart contre le RN », son adversaire préféré, qu’il entend bien, même si la donne a changé, conserver comme tel. Ce que des sondages qui tombent à point nommé ont tendance à confirmer en donnant dans tous les cas de figure Macron et Le Pen en tête des intentions de vote à la présidentielle.

Y compris face à Bertrand, qui n’a pas attendu pour claironner que, « maintenant, la présidentielle est un match à trois ». La désignation du candidat LRaussi ! Et, sans même compter les autres postulants potentiels, le « départage » entre Bertrand, Pécresse et Wauquiez, grands vainqueurs de ces régionales, risque d’être agité.

Se sentant fort de ces faiblesses et face à une extrême droite cabossée, à une droite revigorée mais fracturée et à une gauche elle aussi requinquée par les régionales mais trop divisée pour être menaçante, Macron va néanmoins devoir trouver de quoi, se requinquer.

Et, pour l’immédiat, [il faut détourner l’attention sur cette claque électorale, faire réagir ces suivistes de la populace française] […], l’idée étant de ressortir avant la présidentielle la réforme très éruptive des retraites avec un départ à 64 ans comme un remède de cheval. [Le] risque surtout d’avoir pour lui des « conséquences » à la fois « locales » et « nationales » [sauf si c’est pour nous dire dans quelques semaines que le temps n’est pas encore venu de légiférer… manière de faire remonter les sondages en sa faveur… n’oublions pas qu’il est déjà candidat a sa succession de locataire temporaire Élyséen] !

Dessin de Lefred-Thouron – Le Canard Enchainé 30/06/2021

Édito d’Erik Emptaz – Le Canard Enchainé- 30/06/2021