Aventuriers de cryptomonnaie

Le conte de fées de l’enrichissement facile par l’investissement dans les cryptomonnaies vient de tourner au cauchemar pour des milliers de petits épargnants bourguignons.

Créée en 2018, l’association dijonnaise RR Crypto jouissait d’une flatteuse réputation.

Vantant sa « propre méthode d’accompagnement », elle investissait pour le compte de particuliers et faisait miroiter des gains mensuels de 10 % tout en prélevant 17 % de frais de gestion sur les plus-values…

Elle recrutait par le bouche-à-oreille, mais sans avoir obtenu, en fait, le statut de prestataire de services sur actifs numériques (PSAN), délivré par l’Autorité des marchés financiers (AMF).

Patatras ! Le dimanche 20 juin, par un simple mail, son fondateur, Vincent Ropiot, 27 ans, annonce : « Durant le mois de mars 2021, le portefeuille de cryptoactifs ouvert sur la plateforme Binance, sur lequel l’ensemble des fonds confiés en gestion par nos clients sont conservés, a été réinitialisé (sic) » (Journal du Coin, 21/6). Un simple reset informatique et, pfuit, tout a disparu ! Un préjudice de 40 à 58 millions d’euros au détriment de 3 000 à 4 500 « membres » ou clients… Ropiot parle d’un mystérieux hacking.

Une des spoliées, qui, avec son compagnon, s’était décidée à investir 6 000 euros début juin pour compenser une perte d’emploi due au Covid, nourrit de noirs soupçons : « Une pyramide de Ponzi nous vient en tête… »

Et d’ajouter : « Les nouveaux clients comme nous auraient-ils financé les retraits d’argent des clients actuels ? S’agit-il vraiment d’un hacking ou [les fonds] sont-ils engloutis dans la société flambant neuve RR Immo, dont [Ropiot] a fait la communication il y a six jours ? ».

Curieusement, le jeune patron affirme avoir porté plainte très récemment, alors que l’argent se serait évaporé en mars.

Dans un SMS à un cercle plus restreint, Ropiot, qui se dit aux abois, se lance dans une longue et confuse justification : « Aujourd’hui, nous n’avons plus de fonds. Zéro, et ça fait quelque temps que ça dure (depuis mars) ». Voilà qui est dit !

« Je vis un putain de film depuis janvier, je vis des choses invraisemblables ». Si invraisemblables qu’il se contredit : « J’ai perdu. Je pense que rien n’est perdu pour le fonds… » Avant de reconnaître : « J’ai menti, j’ai maquillé la situation et c’était la pire chose à faire, j’en suis désolé ».

Un aveu qui va sûrement rassurer ses clients.


Article signé des initiales D. F. – Le Canard Enchainé.23/06/2021