« Une analyse » du 1ᵉʳ tour des Régionales 2021.

… Pourquoi ces résultats sont un trompe-l’œil, selon Jérôme Sainte-Marie président de l’institut Pollingvox

  • Pourquoi les résultats du premier tour des régionales tranchent-ils avec les prédictions des sondages, notamment concernant le RN ?

Jérôme Sainte-Marie président de l’institut Pollingvox. La forte abstention a eu un rôle très important. Le RN a un électorat dont la composition est très populaire, jeune, peu installée dans la vie, c’est-à-dire qu’il y a peu de propriétaires, également peu de fonctionnaires. C’est un électorat qui, en réalité, cumule toutes les caractéristiques de l’abstention. Il y a une sorte de corrélation entre la sociologie du vote RN et celle de l’abstention.

Par ailleurs, pour l’élection présidentielle, où près de 80 % des électeurs vont voter, les demandes fondamentales qui font le vote RN, liées à l’insécurité, à l’immigration ou même à l’emploi, correspondent aux compétences de ce scrutin. Ce qui n’est pas le cas pour les élections régionales et départementales. Cela peut expliquer en partie à la fois le taux d’abstention et les scores du RN.

  • L’abstention a-t-elle, à l’inverse, profité aux sortants et aux partis traditionnels ?

Jérôme Sainte-Marie Je ne crois pas vraiment à la prime aux sortants concernant les élections régionales, car le bilan des régions comme les compétences sont mal connus. Pour beaucoup de gens, l’identité régionale est assez faible et le siège du conseil assez éloigné. Selon moi, le maillage des élus locaux a eu beaucoup plus d’influence. La présence, en nombre, d’élus locaux dans les territoires a permis en quelque sorte de retenir des électorats de droite et de gauche traditionnels. Ce qui n’est pas possible pour les électeurs de LR-EM, de la FI et du RN, car ces filets d’élus locaux n’existent pas pour ces partis.

  • Les cartes sont-elles rebattues dans la perspective de la présidentielle ?

Jérôme Sainte-Marie Je n’en suis pas persuadé. L’élection présidentielle va être dramatisée par les difficultés économiques, par des demandes sociales très fortes, en termes de protection sociale ou, à l’inverse, de réformes libérales, et des sujets sociétaux assez brûlants. Depuis un an et demi et la crise sanitaire, l’agenda des réformes du gouvernement a été suspendu, alors qu’il structurait les clivages politiques dans la première partie du quinquennat. Ces débats reviendront avec le retour des réformes et la présidentielle.

À mon avis, on se dirige vers un affrontement entre deux blocs représentés par Emmanuel Macron et Marine Le Pen. On resterait donc dans un système très étrange en France, avec, au niveau national, des élections dominées par ces forces, et, au niveau local, le retour du clivage gauche-droite, cadre naturel des municipales, départementales et régionales.

  • À un an de la présidentielle, les dynamiques créées par ces élections locales auront-elles une influence sur l’échéance de 2022 ?

Jérôme Sainte-Marie La droite peut apparaître comme une solution de substitution à Emmanuel Macron, même si leurs projets comme leurs électorats ne sont pas les mêmes. Elle pourrait profiter de l’exposition de ces résultats pour imposer un projet libéral et conservateur. Cependant, Emmanuel Macron garde un socle d’électeurs assez solide, qui avait résisté à l’échec des municipales et pourrait résister encore après ces élections. La droite rencontre aussi des risques de divisions, comme à gauche, où elles ne sont pas dues qu’à des batailles d’ego, mais aussi à des électorats très différents. Pour toutes ces raisons, les résultats de ces élections régionales sont un trompe-l’œil.


Propos recueillis par Florent LE DU.

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