Le »quoi qu’il en coûte » de la chasse aux djihadistes…

Aucune commission d’enquête parlementaire ne permettra de connaître le montant des extravagantes dépenses de la France en Afrique pendant plusieurs décennies et, depuis 2013, après l’envoi d’un important contingent au Sahel.

C’est le charme, si l’on ose dire, de la Ve République et de ses mauvaises traditions. Parce qu’il faut protéger les présidents et ministres français qui pourraient avoir pris des décisions aberrantes, les élus et les chercheurs n’ont jamais accès à la moindre estimation chiffrée, financièrement parlant, de la traque des groupes djihadistes.

Le surcoût prévu de l’opération Barkhane, par exemple, s’élèvera à 1,5 milliard d’euros en 2021, mais aucun débat ni vote n’aura lieu au Parlement. Ne sera pas discuté non plus le prix exorbitant de l’antiterrorisme aérien, qui ne permet pas de gagner cette guerre depuis huit ans mais a pour objectif de réduire les opérations menées au sol et d’éviter aux militaires de trop parcourir les pistes truffées d’engins explosifs.

Des évaluations « au doigt mouillé » ont circulé, qui évoquaient parfois « 1 million d’euros par ennemi éliminé », mais elles n’étaient pas sérieuses. En revanche, le bilan réalisé au sein du ministère des Armées par l’état-major du Commandement des opérations aériennes prouve que la traque des djihadistes et de leurs chefs a représenté une mobilisation très oné­reuse des avions français.

Ainsi, durant l’année 2020, les sept Mirage 2000 D ont effectué quatre « sorties par jour » en moyenne (et 5 387 heures de vol au total), soit 20 % de plus qu’en 2019. Basés à Niamey et à N’Djamena, les capitales du Niger et du Tchad, où ils disposent de la logistique et du personnel nécessaires, ces avions de combat ont balancé 206 missiles et bombes guidées par laser (entre 25 000 et 60 000 dollars pièce), soit une hausse de 150 % par rapport à l’année précédente.

Comme les missions de ces Mirage ont, parfois, duré fort longtemps, les « citernes volantes » C-135 F ont dû les ravitailler en vol, «presque deux sorties par jour ».

Autre révélation : l’état-major a chiffré à « 590 sorties » les vols des trois drones de combat français Reaper déployés au Sahel. Ces « drones tueurs », comme les qualifient les aviateurs, ont largué roquettes et missiles tactiques sur les groupes djihadistes (plus 196 % par rapport à 2019).

Le Qatar toujours si généreux

Si l’on ajoute les missions confiées à un avion de guerre électronique Transall Gabriel, aux appareils légers de surveillance et de renseignement et aux avions de transport C-130 Hercules ou A400M Atlas, les pilotes français occupent on ne peut mieux le ciel du Sahel.

Les terroristes exerçant leur talent dans cette immense région ont parfois reçu une aide financière d’un ami de la France, le Qatar, qui investit souvent dans l’Hexagone et y achète des tonnes d’armes.

Voilà deux semaines, le site d’information Blast a publié un document qui mentionne la générosité de cet émirat à l’égard des groupes liés à Al-Qaida. Citations : « Le 9 janvier 2011, le ministre des Finances du Qatar envoie un courrier confidentiel et urgent à la directrice de cabinet de l’émir Hamad ben Khalifa al-Thani (sa fille) pour l’informer des suites données aux instructions de son père. » A savoir verser « une aide de 15 millions de dollars en espèces, délivrée au Département de sûreté de l’émirat », afin, écrit Blast, de répartir le tout entre les groupes terroristes. Cette aide, comme il se doit, est qualifiée d’« humanitaire ». A ce jour, les autorités du Qatar n’ont pas réagi.

Ce document souligne ce que les lecteurs du « Canard » ont lu dans ces colonnes : « Le Qatar investit chez les islamistes » (26/3/12) et finance les « djihadistes du Mali » (6/6/12). Votre hebdomadaire préféré précisait alors que la Direction du renseignement militaire et la DGSE avaient informé l’Elysée de ces mauvaises manières. Mais peu importe, ce riche émirat continue de nous acheter des armes…


Claude Angeli. Le Canard enchaîné. 26/06/2021