Le logement !!!

La reprise ? Dans le bâtiment, elle brille par son absence : la construction de logements, notamment dans les villes « tendues », est en chute libre !

« Le dossier est très préoccupant. Il est sur le dessus de la pile… » soupire une conseillère d’Emmanuelle Wargon. La ministre du Logement vient de confier à une commission dirigée par François Rebsamen, le maire (PS) de Dijon, le soin de proposer d’ici à septembre des « solutions pour lever les freins à la construction ».

« Le nombre de permis de construire a baissé d’un quart sur les douze derniers mois », explique Alexandra François Cuxac, la présidente de la Fédération des promoteurs immobiliers. Alors que, selon les professionnels, il faut construire 400 000 logements au moins chaque année pour couvrir les besoins, 357 000 seulement ont été mis en chantier en 2020. Normal : c’était à la fois l’année des élections municipales (où, traditionnellement, on construit peu) et celle de la pandémie.

Pannes de briqués

Mais ne voilà-t-il pas que 2021 promet d’être pire en­core : 330 000 mises en chantier, selon la Fédération fran­çaise du bâtiment. « Le rebond que nous attendions après 2020 ne s’annonce pas », confirme la conseillère de la ministre.

Comble de malchance : la baisse de la construction est surtout forte dans les villes moyennes et grandes, là où les logements manquent le plus. En Ile-de-France, seuls 3 100 appartements ont été mis en chantier au premier trimestre, moitié moins que lors du premier trimestre 2019.

Il faut remonter à la crise immobilière de 2008 pour retrouver un chiffre aussi piteux. Dans les petites villes, en revanche, là où les formalités urbaines sont moins lourdes, la construction de maisons individuelles (40 % du marché) explose. Pour tout arranger, la reprise économique mondiale fait flamber les prix des matières premières : 30 % pour l’acier, 20 % pour le cuivre, 15 % pour le PVC, détaille un entrepreneur, pour qui aucune accalmie n’est à espérer avant le début de 2022. Résultat ? Certaines entreprises préfèrent laisser leurs chantiers en plan. Le calcul est simple : les pénalités à payer aux maîtres d’ouvrage seront inférieures à la perte qu’ils essuieraient à cause de la flambée des coûts ! Quant aux chantiers en cours, un quart d’entre eux sont sévèrement retardés à cause de la pénurie de matières premières.

Mais, pour les professionnels, il y a pire. Longtemps présentée comme un symbole de dynamisme et un devoir pour loger les nouvelles générations, la construction est devenue synonyme de bétonisation et de dénaturation du cadre de vie.

Elus au pied du mur

« Depuis des années, se désole un promoteur, on sait qu’un maire gros bâtisseur (comme jadis Gilles de Robien à Amiens) a de fortes chances d’être battu. Aux dernières élections, beaucoup de maires ont été élus pour ne pas construire, afin de ne pas troubler la tranquillité de leurs concitoyens. On est loin de Juppé, qui, il y a une décennie, promettait de faire de Bordeaux une ville millionnaire en habitants. »

Elue en 2020, la nouvelle municipalité bordelaise, à coloration écolo, a au contraire lancé un plan de diminution des permis de construire, élaborant notamment une liste de 42 critères afin de promouvoir « un habitat frugal bordelais », digne d’obtenir le précieux permis de construire. Dans d’autres villes, explique-t-on au ministère du Logement, « on a décrété un moratoire sur les permis de construire, voire discrètement dissuadé les promoteurs de présenter des dossiers ».

Et les questions de gros sous ont refroidi davantage le zèle bâtisseur. « Depuis la suppression de la taxe d’habitation (aujourd’hui prise en charge par l’Etat), nul maire ne sait combien il touchera au titre de ses constructions. Et s’il aura les moyens de financer les équipements publics nécessaires », indique l’un d’eux.

Bon courage à Rebsamen pour convaincre les maires de reprendre leur truelle !


Hervé Martin. Le Canard enchaîné. 26/06/2021