Brésil. Nouvelle victoire judiciaire pour Lula

La Cour suprême du Brésil a declaré « partial » le juge qui avait condamné l’ex-président. Un pas de plus vers le retour de la gauche.

Ces dernières années, un quarteron de juges brésiliens a cru pouvoir pratiquer la politique en toge. Le plus connu d’entre eux, Sergio Moro, est à l’origine de la première condamnation, en 2018, de l’ex-président Lula à douze ans de prison pour blanchiment d’argent. Peu importe qu’il reconnaisse ne disposer d’aucune preuve de la culpabilité de l’ancien métallurgiste.

À sept voix contre quatre, la Cour suprême du Brésil (STF) a ainsi confirmé, ce 23 juin, la partialité de l’ancien magistrat dans la conduite du procès de l’affaire du triplex de Guaruja (São Paulo), dont la justice assurait qu’il avait été mis à disposition par OAS, une entreprise de BTP qui aurait remporté certains marchés publics chez Petrobras par l’entremise du chef de l’État.

Cette enquête biaisée s’inscrivait dans le cadre de l’opération Lava Jato («lavage express »), pour laquelle le juge Moro avait été récompensé par le président d’extrême droite Jair Bolsonaro en occupant temporairement le poste de ministre de la Justice.

Procès politiques

C’est une victoire judiciaire indéniable pour Lula, qui avait déjà vu, en mars, toutes ses condamnations pour corruption annulées par la Cour suprême, le rétablissant dans ses droits politiques.

La décision de la plus haute juridiction du pays n’a pas empêché Sergio Moro de se terrer dans le déni et de vider le jugement de sa substance dans une technique éculée à l’extrême droite de l’échiquier politique : « Les votes des MM. Fachin, Barroso, Marco Aurélio et Fux ne reconnaissent pas de vices ou de partialité dans la condamnation pour corruption de l’ancien président Lula, (mais) correspondent aux faits survenus et au droit. Il n’y a jamais eu de restriction à la défense de Lula, dont la culpabilité a été reconnue par dix juges », a-t-il expliqué sur Twitter.

Pour mémoire, le juge Edson Fachin avait estimé que le tribunal de Curitiba (sud), qui avait condamné Lula dans quatre procès, n’était « pas compétent » pour juger ces affaires, et avait renvoyé le dossier vers un tribunal fédéral de Brasilia.

L’opération Lava Jato a préparé les esprits au coup d’État constitutionnel contre la présidente Dilma Rousseff, qui avait succédé à Lula. Elle constituait bien une opération politique pour empêcher la gauche de revenir au pouvoir face à une droite incapable de l’emporter par les urnes. « Nous avons toujours su que Lula était innocent de toutes les charges retenues contre lui. Le STF reconnaît désormais définitivement les soupçons de l’ancien juge Sergio Moro, responsable de la plus grande farce judiciaire de l’histoire du pays. La vérité et la justice ont gagné », a réagi Dilma Rousseff.

Lula au premier tour ?

À seize mois de l’élection présidentielle, l’affaire déstabilise Jair Bolsonaro. À l’aune de la gestion désastreuse de la pandémie de Covid-19 et du retour de la faim, pourtant éradiquée par Lula et Dilma Rousseff, les enquêtes d’opinion sont sans appel : trois Brésiliens sur cinq désapprouvent l’action de l’occupant du palais du Planalto ; ils sont également majoritaires à réclamer sa destitution. Autant de thèmes travaillés par les différentes forces de la gauche politique et sociale dans la rue et dans les quartiers.

Lula est en outre donné par les sondages vainqueur de l’élection pratiquement dès le premier tour. Jair Bolsonaro n’a pourtant pas dit son dernier mot.

Depuis quelques mois, il s’emploie à remobiliser sa base en organisant des manifestations de motards. Son discours, lui, se radicalise chaque jour un peu plus, s’autorisant à remettre en cause l’indépendance des pouvoirs. S’il doit se faire hara-kiri, il entend entraîner avec lui l’ordre constitutionnel et une démocratie déjà bien ébranlée.


Lina Sankari. Quotidien « L’Humanité ».

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