Naufrage des sondages

Le malheur n’est pas que ces organismes se trompent, c’est que les éditorialistes et journaleux s’en emparent et tirent des conclusion autoguidant l’information et mésinformant les électeurs… Depuis le temps que nous vous disons que l’info doit être recoupée plusieurs fois, pour essayer d’en extraire une pseudo-vérité, permettant de vous faire votre analyse… MC

Résultats LR-EM grossis, RN massivement surestimé, les instituts ne croient plus dans les électeurs…

La retentissante gamelle ramassée par les sondeurs dans leurs prévisions sur le premier tour des élections régionales n’a pas forcément entamé leur bonne humeur.

L’un d’eux, fort connu et facétieux, explique les raisons du décalage entre ses prévisions et la vérité des urnes : « On ne s’est pas plantés. Ce sont les électeurs qui nous ont trompés. » « Le Canard » s’est prêté, lui aussi, au petit jeu des comparaisons histoire de mesurer la perversité du votant.

Scores et scories

Toutes les listes du Rassemblement national ont, par exemple, été créditées d’intentions de vote de 4,5 % à 10,4 %, supérieures aux suffrages réellement obtenus. Et ce gonflement systématique se double de kolossales erreurs dans l’estimation de la place du candidat frontiste à l’arrivée.

Annoncé en tête en Occitanie, Jean-Paul Garraud a échoué à 17 points de Carole Delga (PS). Donné premier en Bretagne, Gilles Pennelle a fini cinquième.

Quant à la tête du RN en Auvergne-Rhône-Alpes, il escomptait la deuxième place, à 12 % derrière Laurent Wauquiez (LR).

Résultat ? Troisième avec 31 points dans la vue !

Ces erreurs d’optique ont aussi affecté les listes de la majorité présidentielle, quoique de façon moins cuisante.

Les sondeurs les ont toutes gratifiées d’un petit remontant de 1,9 à 7 points. Soit un peu plus près, tout de même, de la « marge d’erreur » affectant les chiffres publiés par les prophètes d’isoloir. Pour une enquête réalisée sur 1 000 personnes, celle-ci peut modifier de plus ou moins 3 points (au maximum) le résultat affiché.

Le 9 avril dernier, la commission des sondages a rappelé les instituts et leurs partenaires médiatiques à leurs « obligations » de publier, « de façon systématique et selon les modalités les plus claires, les marges d’erreur ». Mais publier ne veut pas dire tenir compte.

Le 9 juin, par exemple, France 3 sort « en exclusivité » un sondage Ipsos-Sopra Steria sur les intentions de vote dans le Grand Est. Et la chaîne publique d’annoncer : « Laurent Jacobelli (RN) vainqueur face à Jean Rottner (LR) au deuxième tour. »

Après Paca, les Hauts-de-France et la Bourgogne-Franche-Comté, considérés, côté sondeurs, comme «prenables » par le RN, une nouvelle région est donc en passe de basculer à l’extrême droite. Ça commence à faire beaucoup !

En marge de la marge

A y regarder de plus près, l’enquête Ipsos-France 3 a été réalisée auprès d’un « échantillon représentatif » de la population du Grand Est composé de 1 001 personnes. Sauf que seules 408 d’entre elles se disaient certaines de se rendre aux urnes. Or plus le réservoir de cobayes diminue, plus la marge d’erreur grandit.

Bilan : à l’issue du premier tour, Rottner (LR) est arrivé en tête avec dix longueurs d’avance sur Jacobelli (31,1 %, contre 21,1 %) !

Le 27 juin, à l’issue d’une quadrangulaire face à LR, à la gauche et à LR-EM, ce dernier n’a aucune chance de l’emporter.

Même si, d’ici au second tour, un sondage prévoit le contraire ?


Didier Hassoux -– Le Canard Enchainé – 23/06/201