L’improbable « alliance internationale » au Sahel

Macron rêve d’une coalition » entre Africains peu combatifs et Européens peu concernés.

Les illusions présidentielles n’ont guère convaincu les chefs militaires. A preuve, cette réaction acerbe de l’un d’eux : « On peut difficilement demander à nos partenaires européens de nous venir en aide au Mali et, en même temps, donner le signal que la France retire ses billes. » Après huit années de guerre antiterroriste, Macron n’a pas trouvé meilleure solution qu’un appel à ses alliés.

Autre exemple de ses incohérences : le 28 mai, lors de sa visite en Afrique du Sud, il avait déclaré, sur un ton martial, que « la France [était] prête à soutenir une intervention africaine au Mozambique contre les djihadistes » et à envoyer des Français y faire le coup de feu.

Quelques jours plus tard, le 10 juin, il décidait pourtant du retrait progressif du contingent Barkhane (de moitié en 2023, si tout va bien) et de la fermeture de certaines bases françaises au Sahel. Alors que, le même jour, Jean-Yves Le Drian, son ministre des Affaires étrangères, de passage en Côte d’Ivoire, clamait encore : « Le Sahel est la frontière sud de l’Europe. »

Pour défendre cette « frontière », le stratège Macron a annoncé la formation d’une « alliance internationale » de forces spéciales européennes, françaises et africaines, comme s’il en était déjà le « parrain ».

Au programme des réjouissances : des actions coup-de-poing contre les groupes djihadistes et leurs chefs. La pratique des « assassinats ciblés » ne serait donc plus l’apanage des seuls commandos français.

Cauchemars africains

Au lendemain de ces annonces présidentielles, Florence Parly, la ministre des Armées, a révélé que, le 11 juin 2021, les militaires français avaient « neutralisé » un djihadiste détestable, Baye Ag Bakabo. Ce petit chef d’Al-Qaida soupçonné d’avoir donné l’ordre, en 2013, d’assassiner deux journalistes de RFI et d’avoir enlevé, le 8 avril dernier, un autre confrère, Olivier Dubois, n’a pas échappé à son destin.

Une remarque en passant : la ministre des Armées parle avec gourmandise de « décapiter les chefs terroristes » et de « pouvoir taper [leurs] têtes ». La phraséologie des forces spéciales est contagieuse…

Reste surtout la difficulté d’envoyer au combat, selon le chef de guerre élyséen, des Africains peu combatifs et des Européens peu concernés. Macron reproche aux armées des Etats du Sahel (exception faite de celle du Tchad) de ne pas se montrer à la hauteur de l’enjeu et de se singulariser davantage par leurs exactions contre des civils que pour leurs exploits au combat.

Quant à la force « Takuba », elle ne mérite pas l’enthousiasme avec lequel Macron avait salué sa naissance, en 2018. L’objectif présidentiel était alors de la voir rassembler 2 000 forces spéciales européennes (aux côtés d’unités africaines) dont elle devait assurer l’instruction et la formation sur le terrain avec, en appui, 500 commandos français.

Depuis, Macron et ses généraux sont redescendus sur terre. « Takuba », aujourd’hui, ce ne sont que 600 hommes sur le terrain (dont une moitié de Français).

Témoin de ces derniers développements de la stratégie macronienne, François Lecointre, le chef d’état-major des armées, a lui-même annoncé son départ devant les caméras du « Grand Jury RTL-« Le Figaro »-LCI » (1)

Plutôt complaisants, les journalistes n’ont pas cherché à savoir s’il approuvait les récentes tergiversations présidentielles au Sahel, alors que l’on sait, grâce à ses collègues, qu’il les a vraiment mal supportées. Comme par hasard, Lecointre a affirmé qu’il débattait des décisions à prendre avec les autres chefs militaires, en précisant qu’il y avait parfois des désaccords entre eux, ou avec lui.

Faut-il y voir une façon détournée de souligner que Macron, lui, a décidé seul de l’avenir de l’intervention française au Sahel ? Sans s’intéresser, comme « Le Canard » l’a révélé, aux opinions de son ministre des Affaires étrangères et de son chef d’état-major ?


Claude AngeliLe Canard Enchainé- 16/06/2021


  1. Thierry Burkhard, l’actuel patron de l’armée de terre, le remplacera à ce poste après le 14 Juillet 2021.

2 réflexions sur “L’improbable « alliance internationale » au Sahel

  1. bernarddominik 21/06/2021 / 07:51

    Je ne connais personne qui approuve la guéguerre de Hollande Macron au Mali.
    La France n’a plus les moyens et il serait temps de se rendre compte que le costume de gendarme de l’Afrique est trop large. 5000 hommes pour un territoire immense qui fait 5 fois la France c’est ridicule, et de toute façon si les djihadistes résistent si facilement c’est qu’ils sont soutenus par la population.
    Partir est la seule solution.
    L’impuissance de Macron dans l’UE révèle bien sa réalité: chacun tire la couverture à soi, et 2 pays payent pour s’appauvrir l’Italie et la France.

  2. jjbey 21/06/2021 / 15:34

    Difficile de ne rien faire quand on connait les méthodes des intégristes musulmans et leur gouvernance dictatoriale. Ils ne sont pas plus soutenus par la population que çà mais savent parfaitement la terroriser pour imposer leur pouvoir. Alors qu’ils se démerdent entre eux n’est pas la bonne solution, mais que seule la France assume ce fardeau n’est pas pensable non plus.

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