12 h, n’est pas son horaire habituel…

Qu’importe, il n’y a pas une heure spéciale pour dénoncer son arbitraire fascisant…

Avec ses invités de « L’Heure des pros », café du commerce ouvert 5 jours sur 7, matin et soir, le présentateur de CNews fait chauffer les audiences de la chaîne d’info Bolloré.

Le confinement ? « Ça ne sert à rien. » Le réchauffement climatique ? « En mai, il fait — 3°C dans les Yvelines, donc, bon, hein… » « Voilà un pays qui, depuis deux mois, n’est pas capable de donner des masques à ses concitoyens mais remet des prunes dès le premier jour du déconfinement. »

Depuis janvier 2018, le stationnement est une compétence des collectivités locales, mais qu’est-ce que ça peut bien faire ? Ici, on cause de tout, et fort, de préférence. « La fellation est moins contagieuse que de se serrer la main. » Enfin, c’est ce qu’on dit, et d’ailleurs on va en débattre, viens et monte sur le ring, si t’es un bonhomme.

Bienvenue dans l’émission quotidienne de Pascal Praud sur CNews, « L’Heure des pros », l’émission de ceux qui en ont dans le calfouet, un peu moins dans le ciboulot, car, comme dit Pascal Praud : « On n’est pas au Collège de France, ici ! »

Quand il reçoit les confrères qui souhaitent faire son portrait, changement de registre. Il joue les raffinés, parle de Molière, de La Fontaine, de Morand, d’Echenoz. Il a fait quatre années de théâtre, il a écrit une pièce sur sa vie, « Itinéraire d’un enfant nantais », encore jamais jouée mais ça ne saurait tarder. Il se dit « anar », parfois « pompidolien », toujours « nostalgique ».

A ceux qui lui demandent s’il ne serait pas un rien agressif, à désigner comme il le fait, de plus en plus souvent, certains à la vindicte populaire, il répond qu’il est « passionné ». Très à droite, lui ? Vous plaisantez. Il n’aime rien tant que « penser contre [lui] -même », et il affirme : « Dans un dîner de droite, j’ai envie d’être de gauche ; dans un dîner de gauche, j’ai envie d’être de droite. »

Un petit côté coupeur de têtes

Il faut le voir frétiller d’aise, ce 27 mai, lorsqu’il reçoit Marie-Caroline Le Pen. Numéro deux sur la liste RN des régionales dans les Hauts-de-Seine, absente de la scène politique depuis vingt ans, on la fête, on boit ses paroles, on parle de la petite famille.

Est-ce que « Jordan » (Bardella) ne serait pas en couple avec « Nolwenn », la fille de Marie-Caroline, par hasard ? Il est tuyauté, Praud, on ne la lui fait pas.

Bon, c’est un peu trop familial, le RN, mais on ne parlera pas du reste. Si : Jean-Marie a eu raison avant tout le monde. La dette, les retraites, l’Europe, les crises migratoires ? « On n’est pas au Collège de France, ici. »

L’anar de CNews n’a qu’un principe : la liberté d’expression. Quand on ose le critiquer, il invoque, pêle-mêle, Robespierre, les camps de travail, Alain Peyrefitte et le ministère de l’Information, « L’Archipel du goulag ». Eh oui, il a des références, il rêve d’animer une émission littéraire.

Il a malheureusement, lui aussi, un petit côté coupeur de têtes, appelant à faire virer l’humoriste de France Inter Guillaume Meurice, qui n’est pas précisément sur sa ligne, ne se mobilisant pas pour ses camarades de Canal Plus dégagés par Bolloré pour s’être payé sa tête dans un savoureux pastiche. Un petit insolent l’attaque sur Twitter ? Il appelle son entreprise et demande sa tête.

Quand il était directeur de la communication du FC Nantes, dans une autre vie (il a été journaliste sportif aussi), il passait ses journées à appeler les patrons de presse quand un article ne lui convenait pas.

Désormais, il en est sûr, il est devenu la voix de la France. « Si j’étais président de la République, j’obligerais tous les ministres à écouter « Les auditeurs ont la parole », que je présente entre 13 heures et 14 h 30 sur RTL, au lieu de participer à des réunions où ils n’apprendront rien ». Petit pétage de plombs isolé ? Mais non, lui sait « ce qu’est un Français de tous les jours ». Dans sa voiture qui le mène à CNews, puis à RTL, puis à CNews de nouveau, puis à son domicile du VIIᵉ arrondissement, il vit en symbiose avec le peuple.

Des vestiaires au Palais

L’anar de CNews ne s’en cache pas, il a aussi un fort tropisme patronal : « Quand j’étais à TF1, j’étais 100 % TF1 ; à CNews, je suis 100 % Bolloré. » C’est ce qui s’appelle avoir bon esprit. Il ne craint jamais d’en remettre une louche, ça peut servir : « Chaque journaliste devrait être satisfait qu’un chef d’entreprise aussi important que Vincent Bolloré s’intéresse aux médias à un moment où ils sont en très grande difficulté. »

Pendant les grèves de 2016 à I-Télé (ancêtre de CNews), il assistait aux AG puis filait dans le bureau du boss faire son petit rapport.

Il adore être instrumentalisé par la Macronie, ça le fait kiffer. Échanges de textos médiatisés avec le Président, rencontres avec des conseillers de l’Élysée, invitations fréquentes de Gabriel Attal ou de Marlène Schiappa sur son plateau, tandis qu’Olivier Véran le boude et qu’Eric Dupond-Moretti s’en sert comme d’un punching-ball. Tout l’éventail !

Son expérience ratée au FC Nantes l’a marqué. « J’ai été très mauvais, car je n’avais pas les codes du vestiaire ». Il semblerait, en revanche, que les codes des antichambres du pouvoir soient très correctement maîtrisés.


Anne-Sophie Mercier – le Canard enchaîné. 16/06/2021