Covid : Un bilan-rapport très sévère…

… Sur le nombre de Décès dus au reconfinement tardif : « Le chef de l’État doit assumer »

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Le 29 janvier dernier, le chef de l’État a décidé, en Conseil de défense, de ne pas suivre l’avis du Conseil scientifique qui préconisait de reconfiner le pays de manière préventive. Le troisième confinement n’a finalement été acté que le 31 mars, en raison de la saturation de l’hôpital. Or, ce vendredi 18 juin 2021, Le Monde a publié une première estimation du coût humain de cette décision : plus de 14 000 décès, près de 112 000 hospitalisations, dont 28 000 en réanimation, et environ 160 000 cas de Covid-19 long supplémentaires, selon les calculs du quotidien. Un travail réalisé « sous le contrôle de l’équipe de l’épidémiologiste Pascal Crépey, à l’École des hautes études en santé publique de Rennes ».

Le sénateur de Paris Bernard Jomier, apparenté socialiste, réagit à ces premiers chiffres. Il a été le corapporteur de la commission d’enquête parlementaire du Sénat chargée de faire la lumière sur la gestion de la crise sanitaire, qui a rendu un rapport sévère pour le gouvernement. Désormais, il préside une mission d’information sénatoriale chargée d’évaluer les mesures de confinement et de restriction d’activité.

  • 14 000 morts du Covid, 112 000 hospitalisations liées au retard de deux mois dans la mise en place d’un troisième confinement : est-ce que ces chiffres du Monde vous paraissent solides ?

Bernard Jomier : C’est une première tentative d’analyse des conséquences de la décision du président de la République fin janvier de repousser le confinement. Cette  estimation du nombre de morts, d’hospitalisations, de Covid longs, mérite d’être confirmée, mais elle ne me surprend pas. J’avais moi-même évoqué le chiffre de 10 000 morts à l’époque. Mais il faut attendre les travaux des épidémiologistes. 

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Il faudra des années pour évaluer toutes les conséquences de cette décision, notamment les décès indirects, liés à la saturation de l’hôpital.

  • Suite de la présentation des courbes truquées présentées par Jean Castex aux parlementaires fin janvier, vous avez qualifié la stratégie du chef de l’État de « néotrumpiste »

On m’a reproché ce terme. Pour le chef de l’État, comme pour Trump, les vies humaines sont devenues un paramètre parmi d’autres.  […]

Les parlementaires ont-ils été assez offensifs face aux décisions solitaires du chef de l’État ?

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Cette épidémie a mis à l’épreuve tous les systèmes politiques. En France, on l’a géré dans le contexte de la Ve République, d’une manière centralisée et verticale. Le président de la République a poussé jusqu’à la caricature les excès de ce régime politique. Parmi les sénateurs, même les plus fervents défenseurs de la Ve République en sont venus à une lecture critique de nos institutions, c’est frappant.

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  • Comment analysez-vous le rôle du Conseil scientifique ? La légitimité des scientifiques ne sort-elle pas abîmée de cette crise ?

La création du Conseil scientifique en mars 2020 procède du seul fait du chef de l’État. Au cours de notre commission d’enquête, nous avons reconnu que cette décision était justifiée. Le panorama des institutions sanitaires était trop embrouillé pour offrir une vision claire de la situation. Santé publique France, la Haute Autorité de santé ou le Haut Conseil de santé publique ont des compétences qui se croisent et s’entremêlent. Aucune n’était en mesure de guider l’exécutif dans cette crise. Santé publique France est une agence récente, aux crédits diminués ces dernières années, qui manque de moyens et de compétences, et qui reste sous la coupe tatillonne du ministère de la santé.

Le président de la République, donc, a créé le Conseil scientifique, puis il l’a discrédité quand ses avis ne lui plaisaient pas. C’était délétère, car il a signifié, en creux, que les scientifiques ne sont pas dignes de confiance, même ceux qu’il a choisis. Il a participé à un discours anti-science, c’est une erreur lourde. Jamais le Conseil scientifique n’a prétendu diriger le pays, il rendait simplement des avis.

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  • Quel rôle va jouer la nouvelle mission d’information sénatoriale que vous présidez ?

Nous avons commandé une étude à l’ANRS-Maladies infectieuses émergentes, une modélisation de l’épidémie dans les prochaines semaines, qui prend en compte l’effet de la vaccination.  […] Nous pourrons ainsi évaluer, d’une manière indépendante, la stratégie du gouvernement. Nous espérons ainsi améliorer le lien entre la science et les politiques.


Caroline Coq-Chodorge. Titre original : « Décès dus au reconfinement tardif : « Le chef de l’État doit assumer » ».

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