Après la claque, remue-ménage chez les gorilles de Macron

Les membres du groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR) ont été convoqués par courriel à une séance consacrée à la baffe reçue par Macron le 8 juin dans la Drôme.

Objectif ? Comprendre pourquoi l’« épaule droite » (le gorille censé coller au flanc droit du Président pour parer tout coup venant de ce côté) ne se trouvait pas à sa place et n’a donc pas pu bloquer la main de l’agresseur. Pourquoi, aussi, l’« épaule gauche » s’est-elle retrouvée toute seule pour  un nouveau coup éventuel alors que sa principale mission est d’« extraire » le chef de l’État en cas de danger ?

Pourquoi, encore, l’un des gardes du corps, censé protéger ses arrières, semble, sur les images, complètement dépassé par les événements ? « Si on avait eu affaire à quelqu’un armé d’une lame de rasoir ou même d’un simple stylo, analyse un flic expert en protection rapprochée, l’issue aurait pu être fatale. »

Certes, Macron donne du fil à retordre aux membres du GSPR, composé à parité de flics et de gendarmes : pour prendre le « pouls du peuple », il n’hésite pas à déroger au programme et aux consignes. Mais, précise l’expert, c’est à la sécurité de s’adapter à l’autorité à protéger, et non l’inverse : « Le responsable du dispo aurait dû anticiper l’envie soudaine du Président d’aller serrer des mains et prépositionner des effectifs en conséquence. » Dit comme ça, tout paraît si simple…

Expert de claques

La claque est partie à une période où les gorilles nourrissent de bouleversants états d’âme. Depuis son arrivée au Château, en août 2019, le général de gendarmerie Benoît Ferrand, qui dirige la Direction de la sécurité de la présidence de la République (DSPR), s’est mis à dos plusieurs éléments de cette troupe de choc, pour cause de management jugé trop musclé.

Cette DSPR, qui a vu le jour après l’affaire Benalla, devait remettre de l’ordre dans les rangs et de l’huile dans les rouages, en coiffant deux entités s’observant en chiens de faïence.

  • D’un côté, les 77 gorilles du GSPR chargés des voyages officiels.
  • De l’autre, les 250 gardes républicains veillant sur Macron à l’Elysée. Brrr…

Cette entreprise d’harmonisation n’a pas connu un franc succès. Au point que 40 gendarmes de ladite garde républicaine ont demandé à aller voir ailleurs !

C’est aussi, réplique un proche de Benoît Ferrand, que « certaines règles de gestion et de mutation jusque-là un peu délaissées sont désormais appliquées à la lettre, ce qui déplaît à ceux qui voulaient faire toute leur carrière à l’Elysée ».

Conséquence : pour maintenir l’effectif de cette unité sensible, les pandores en sont désormais réduits à recruter dès la sortie des écoles.

Par ailleurs, les gendarmes du GSPR ont fait remonter des doléances à travers leur « conseiller concertation », et deux signalements pour harcèlement citant le général Ferrand ont été déposés auprès de l’Inspection générale de la gendarmerie nationale.

Un proche de l’intéressé fait savoir qu’il n’est pas au courant, et que l’Inspection ne l’a jamais sollicité. Le dossier se trouve sur le bureau du numéro un des gendarmes.

« Ferrand est brillant mais un peu psychorigide et trop tatillon », persifle l’un de ses camarades de promo. Qui déplore, un rien théâtral, « une atmosphère toxique autour de la sécurité du Président ».

Manquerait plus que les gorilles se cognent entre eux…


Article signé des initiales C. L.Le Canard Enchainé- 16/06/2021