Sarko : « C’est pas moi ce sont les autres »

L’ancien chef de l’État reconnaît une responsabilité dans le déroulement de sa campagne de 2012, mais dément avec force avoir commis la moindre irrégularité, tout en chargeant le clan Copé.

Véhément, parlant fort, gesticulant à la barre, c’est un Nicolas Sarkozy en mode combatif qui répond aux questions de la XIe chambre correctionnelle de Paris, mardi 15 juin. […]

D’emblée, Nicolas Sarkozy donne le ton. Il l’assure, sa campagne 2012 était tout à fait normale. […]

« Le travail du candidat, poursuit-il en parlant de lui à la troisième personne, c’est surtout de trouver quoi dire aux Français. Pourquoi cinq ans de plus ? » À l’en croire, il n’était concerné que par la stratégie et les questions politiques, aucunement par l’intendance. Prolixe, il distribue au passage quelques petites piques à François Hollande et Jean-François Copé.

« J’entends ce que vous dites, mais ce qui intéresse le tribunal, c’est l’organisation matérielle de la campagne », recadre la présidente. Malgré les alertes des experts-comptables, le rythme des meetings s’est accéléré à partir de mars 2012.

Le prévenu retrouve les accents du candidat. « La politique c’est ma vie, explique-t-il, en s’animant de plus en plus. Je n’ai jamais vu une campagne qui ne s’accélère pas, toute campagne va crescendo ! »  […]

« La question, c’est : “Est-ce que vous saviez combien de meetings allaient être faits ? Est-ce que vous avez posé un cadre, choisi l’équipe, le prestataire ? Quelles instructions avez-vous données ?” », demande la présidente. 

Sur la défensive, Nicolas Sarkozy martèle ses arguments. « Je n’ai choisi aucun prestataire, petit, moyen ou grand, ni en 2007 ni en 2012 ! Je n’ai conseillé aucun prestataire ni en 2007 ni en 2012 ! Je n’ai rencontré aucun prestataire ni en 2007 ni en 2012 !  Je me permets de répondre avec force, car une campagne, ce n’est pas un PV d’huissier, on doit sans cesse s’adapter. Tous les jours, il fallait nourrir l’ogre de l’information. Ma campagne de 2012 ressemble comme une sœur à celle de 2007 », veut-il banaliser, alors que ses comptes de campagne truqués et la débauche de moyens techniques de 2012 indiquent le contraire.

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Responsable politiquement et administrativement, oui. « Mais je ne peux pas être tenu responsable si le mandataire, le trésorier ou les experts-comptables n’ont pas fait leur travail », s’exonère l’ancien président candidat. Il assure qu’il n’y a jamais eu d’intention de frauder de sa part, et qu’il n’a donc commis aucun délit.

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« Que ma campagne ait coûté le double qu’en 2007, c’est invraisemblable ! Cette campagne n’a pas coûté ce qu’on dit ! » Les vérités alternatives ont fait leur entrée au tribunal.


Michel Deléan – Médiapart. Titre original : « Procès Bygmalion : Nicolas Sarkozy se dédouane et s’énerve » 


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