Livres : Amazon rentre dans le rang !

Pas une seule fois la ministre de la Culture n’a prononcé le nom d’Amazon.

C’est pourtant bien la plateforme américaine que Roselyne Bachelot avait en ligne de mire en soutenant la proposition de loi de Laure Darcos « visant à conforter l’économie du livre», adoptée le 8 juin au Sénat. Amazon qui facture 1 centime d’euro à ses clients les frais d’envoi des livres achetés sur sa plateforme.

Pratique légale mais que ne peuvent se permettre les trois mille trois cents libraires indépendants, sauf à vendre à perte et à menacer une économie déjà fragile.

« Étrange générosité, qui ne concerne que les livres! » a raillé Roselyne Bachelot. À raison.

Pour Amazon, le livre n’est qu’un produit d’appel sur lequel elle peut se permettre d’être déficitaire. Sa marge, elle la fait grassement ailleurs. Sur les milliers d’autres produits qu’elle vend.

La quasi-gratuité des frais de port sur les livres constitue donc bel et bien une distorsion de concurrence à l’égard des librairies. Il était temps de rééquilibrer les rapports entre les libraires et Amazon, et cette loi, qui impose un tarif minimum d’acheminement, remet tous les acteurs sur un pied d’égalité.

Belle façon de fêter les 40 ans de la loi sur le prix unique du livre en l’adaptant à l’ère numérique. Et qu’on ne vienne pas nous servir le couplet sur l’augmentation du prix, ou celui d’Amazon grand défenseur de la ruralité et des plus modestes.

La réalité est que la livraison d’un livre a un coût, qu’Amazon ne facturait pas. Et les principaux acheteurs de livres sur la plateforme ne sont pas des ruraux désargentés, mais des urbains aisés qui ont les moyens de payer, et souvent le privilège d’avoir une librairie près de chez eux


Olivier Milot – Télérama N°3727 – 16/06/2021