La loi du fric condamne les distractions libres.

La chaine Télé « Amazon » sera demain obligatoire…  parce qu’elle aura tout bouffé…

La plateforme de Jeff Bezos est entrée sur le marché français des droits sportifs est le signe d’une financiarisation inquiétante : après le foot-business, voici le tennis-business.

À la veille de la finale hommes de Roland-Garros, il pourrait sembler hasardeux de prédire le nom de celui qui emportera le trophée. Et pourtant, il n’y a guère de suspense, car celui du principal vainqueur du célèbre tournoi de la porte d’Auteuil, on peut sans grand risque l’annoncer à l’avance : c’est Jeff Bezos, […].

[…]… derrière la retransmission en soirée des parties vedettes, c’est une véritable privatisation du tennis qui commence (un sport qui jusque-là avait été happé moins que d’autres par les logiques de l’argent roi). Et puis surtout, il ne faut pas se faire d’illusion : dans la bataille planétaire autour des droits télé, Amazon est à l’offensive dans de multiples sports, à commencer par le foot, mais pas seulement. Sa victoire à Roland-Garros va donc l’inciter à se montrer encore plus entreprenant. Pourquoi s’en priverait-il puisqu’une fédération sportive aussi importante que la FFT lui a ouvert ses portes ?

[…]

Pour les amateurs du tennis, cela a donc été un choc, qui a suscité un véritable tollé. Pour des raisons qui coulent de source. Le directeur du tournoi, Guy Forget, a volontairement programmé pour ces « night sessions » – jargon anglais obligatoire ! – de très grandes confrontations, dont ont été privés celles et ceux qui ne souhaitaient pas s’abonner à Prime Video, soit 49 euros/an ou 5,99 euros/mois.

Sur Prime Video, et seulement sur cette plateforme payante, ont donc été retransmises des rencontres magiques : Medvedev contre Tsitsipas, dont nous venons de parler, mais aussi Nadal contre Gasquet – même si le résultat était couru d’avance, l’affiche était plaisante –, Djokovic contre Berrettini, et bien d’autres…

Payer ! Encore payer ! Toujours payer !

 Ce qui choque surtout, c’est qu’une grande fédération, qui est placée sous la tutelle du ministère des sports et qui a traversé autant de turbulences, avec des poursuites judiciaires en cascade contre tous ses dirigeants successifs depuis plus de trois décennies, puisse choisir de faire affaire avec un groupe comme Amazon, qui symbolise toutes les dérives du capitalisme financiarisé le plus échevelé et qui est le champion toutes catégories de l’optimisation fiscale en Europe – la firme, qui ne paie quasiment pas d’impôt en France, pourrait même parvenir à échapper à la taxation minimale de 15 % suggérée par le président américain !

Le hold-up a d’ailleurs été total. Non seulement Amazon a raflé la retransmission de quelques-unes des rencontres les plus attrayantes […], mais, par surcroît, […] … il a aussi débauché tous les commentateurs connus, qui officiaient pour la plupart auparavant sur le service public. D’Amélie Mauresmo à Marion Bartoli, en passant par Arnaud Clément, Fabrice Santoro, Paul-Henri Mathieu ou encore Arnaud Di Pasquale, toutes les anciennes gloires du tennis français ont abandonné, sans trop de scrupules, les studios accueillants de France Télévisions pour cachetonner pour Amazon. Tristesse !

Mais si l’affaire ne concernait que le tennis français, cette embardée ne serait en vérité pas trop grave. […]

En France, ceux-ci n’ont cessé de progresser, les diffuseurs se livrant à une surenchère de plus en plus stupéfiante pour répondre aux appels d’offres de la Ligue de football professionnel (LFP). […] … lors de ces nouvelles enchères, tout le monde a bien observé qu’un acteur inédit s’était mis sur les rangs : le groupe américain… Amazon ! . […]

Dans le lot décroché, il y a huit matchs de L1, dont l’affiche du dimanche soir avec les « top ten », pour lesquels le géant du numérique doit payer 250 millions d’euros par an, plus 9 millions d’euros pour huit rencontres de L2. Pour les 2 matchs restant Canals + un temps diffuseurs se desenga maintenant. Amazon deviendra-t-il le seul et unique acteur majeur du football professionnel français.

Ce qui se passe avec le football suggère donc ce qui se joue avec le tennis : dans un sport comme dans l’autre, l’oligopole américain a de très grosses ambitions et veut devenir un acteur dominant des droits télé de retransmission. . […]

Et le risque, on le connaît désormais : après le foot-business, on pourrait découvrir les ravages du tennis-business. En tout cas, l’histoire bégaie.

[…]

Et cette évolution est ravageuse. Car le nombre des pratiquants de ce sport recule ; et toutes les énergies devraient se conjuguer pour que le tennis soit un sport de masse, accessible au plus grand nombre. À rebours de cette ambition, c’est la finance qui prend les commandes.

Il n’y a donc pas que les passionnés de tennis qui peuvent le déplorer. Car dans la vie de la cité, le virus de la privatisation est en passe de tout contaminer. Cela a commencé par l’industrie et la banque ; puis cela a atteint les services publics et les grandes infrastructures ; et maintenant cela touche aussi des secteurs aussi décisifs que la santé, l’éducation, la culture et donc… le sport ! C’est, en résumé, un virus que rien n’arrête, et c’est bien cela le plus inquiétant.


Laurent Mauduit – Médiapart – Titre original : « Amazon privatise le tennis et s’empare du foot français »


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