De sinistres colportages, font d’attristants jeux réacs !

L’alarme n’en finit plus de sonner.

Les pires tendances réactionnaires se déchaînent avec une aisance spectaculaire. Elles sont désormais le carburant d’un système médiatique qui leur est totalement perméable : la haine autant que la bêtise, les propos racistes autant que le langage appauvri, la vulgarité autant que la violence deviennent marchandises cathodiques et numériques. Par calcul, cynisme ou conviction, la nébuleuse macroniste aura grandement contribué à cette banalisation du commerce d’extrême droite. Les mots « république », « laïcité » ont été vidés de leur sens émancipateur, jusqu’à l’invention du concept de séparatisme digne de l’« anti-France ».

L’Histoire nous enseigne qu’un tel dépérissement du débat public préfigure souvent bien des drames. « Les mots peuvent être comme de minuscules doses d’arsenic », prévenait Victor Klemperer en observateur affligé de la montée du nazisme, « on les avale sans y prendre garde, ils semblent ne faire aucun effet, et voilà qu’après quelque temps l’effet toxique se fait sentir ».

La France est loin d’être la seule concernée. La recomposition des droites trouve partout son centre de gravité dans un libéral-nationalisme féroce, celui des Bolsonaro, Trump, Salvini, Netanyahou, Modi ou Erdogan. La vieille Europe est prise de convulsions, cédant à une mélancolie conservatrice qui relégitime dans chaque nation les discours racistes, inégalitaires, réactionnaires et impérialistes sur fond d’adoption des pires recettes libérales et austéritaires.

Par la quête sans fin d’une « sécurité globale » qui rogne en permanence les libertés et le déploiement d’un capitalisme de surveillance, les États dits démocratiques ont fini par légitimer l’hypothèse de gouvernements national-autoritaires. Se profilent ainsi les caractéristiques d’un « capitalisme brun » : double peine pour les classes populaires et menace gravissime pour nos libertés ! Après avoir mené la traque des idées communistes et socialistes, serait-ce la peau de 1789 et de son héritage que le capitalisme débridé finirait par avoir ?

Les travailleurs, petits commerçants, artisans, paysans ont tout à perdre d’une telle dérive. Une partie croissante des classes possédantes se met déjà sous parapluie de la réaction brune pour la raison précise qu’elle garantira l’ordre injuste, la rente, les privilèges, le capital. Avec la droite extrémisée, ce n’est pas elles et eux qui gagneront, mais ceux qui les dominent, exploitent et humilient.

En finir avec la violence qui s’exprime désormais sans fard réclame d’en finir avec celle qui commande aux rapports sociaux. Un système qui érige la concurrence de tous contre tous en norme sociale, précarise, sous-paye, prive de travail des millions d’individus, fait germer la violence et met en péril les libertés. Et perd en chemin les troupes pour les défendre. C’est le point inquiétant où nous en sommes.

La lutte contre les idées d’extrême droite et pour la défense des libertés, si elles doivent être au bénéfice de tous, ne peut qu’être le fruit d’un rapport de force majoritaire, assis sur une union populaire et un contrat social et démocratique nouveau. Face aux menaces qui pèsent si lourdement, nous avons le devoir collectif de serrer les coudes pour manifester l’existence d’un bloc social et politique décidé, malgré ses différences, à y travailler. C’est en ce sens qu’ensemble, nous marcherons ce 12 juin. Nous ne resterons pas spectateurs d’un effondrement national et d’un naufrage moral.


La lettre du 12/06/2021 de Patrick Le Hyaric

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