Promesses, sont-elles mauvais présages avant que la messe ne soit dite !

Jean-Paul Garraud – Garde des sceaux, c’est ton avenir une promesse de Marine Le Pen… si elle est élue, naturellement.

Dessin de Kiro – Le Canard Enchaîné. 09/6/2021

Une sacrée revanche pour ce magistrat, fils et petit-fils de magistrats. Les ors de la Place Vendôme, les huissiers, les gens qui patientent dans l’antichambre, les « M. le ministre va bientôt vous recevoir » susurrés aux visiteurs qui patientent, les regards soumis, un rêve…

Pour l’instant, il est simplement tête de liste RN en Occitanie, la nouvelle super-région née de la fusion du Languedoc-Roussillon et de Midi-Pyrénées. Localement, il surjoue la simplicité, s’affiche avec son chien et confie à « L’Opinion » que, son point fort dans cette campagne, c’est l’« authenticité », car, « quand on aime les animaux, on aime les gens, c’est pas du chiqué ».

Après Thierry Mariani, son compère de l’UMP passé comme lui au RN, dont Marine Le Pen garde le chat quand il s’absente, voici le toutou de Garraud. On a un coeur gros comme ça, au Rassemblement national.

Heureusement que le chemin de Jean-Paul Garraud a, comme par hasard, croisé en 2018 celui de la cheffe du RN, car, il faut bien le dire, ça n’al lait pas fort pour le successeu putatif de Dupond-Moretti Depuis 2012, Garraud accu mulait les gamelles. Députe de la Gironde pendant dix ans, il échoue deux fois à se faire réélire dans sa circonscription, et ne parvint jamais à devenir maire de Libourne.

En 2012, juste avant les législatives, persuadé que l’échec de Sarkozy vient d’une campagne insuffisamment axée vers la droite, il se confie à la presse. Eh oui avoue-t-il, il a, avec le parti la flamme, quelques « convictions communes ». Des point: de détail, naturellement Juppé lui retire son soutien et Garraud rétropédale : on mal compris, il n’est « pas dutout favorable à une alliance avec le FN », simplement, or pourrait se parler au lieu de se taper dessus.

Un truc de digue

En 2010, il est l’auteur, avec son copain Thierry Mariani, d’une des plus grosses poilades politiques du moment : La Droite populaire (LDP), au départ aile droite de l’UMP. Officiellement, il s’agit de veiller à ce que le quinquennat de Sarkozy ne dérive pas vers un centrisme mollasson et, surtout, de construire une « digue » contre ce qui est encore le Front national. L’idée est audacieuse : pour éviter que l’extrême droite ne marque des points dans l’électorat populaire, pourquoi ne pas recycler ses thèses ?

Avec toute une bande de joyeux lurons, parmi lesquels Jacques Myard, Lionnel Luca et Christian Vanneste, un gars très moyennement « gay friendly », les voilà qui se lancent et pondent des communiqués rageurs, comme ce jour où ils demandent charitablement la tête de Roselyne Bachelot, pour lui faire payer son soutien au mariage homosexuel.

Pendant toutes ces années, Garraud n’en loupe pas une : diatribes virulentes contre les syndicats, forcément « politisés », hymnes à la « majorité silencieuse », forcément « bâillonnée », dont il dit comprendre les souhaits, vu qu’il tient, lui, « un discours de vérité, sans tabou, langue de bois, politiquement correct ». En 2018, redevenu magistrat et las d’attendre son heure, il fait un gros appel du pied à Marine Le Pen. Dans une interview au mensuel bien dégagé derrière les oreilles « L’Incorrect », il appelle de ses voeux un rassemblement des « patriotes sincères ». C’est marrant, la vie, y a de ces coïncidences, c’est justement le moment où Marine Le Pen cherche des candidats pour les européennes.

Entêté de liste

Il a une bonne tronche de notable, ce Garraud, et puis, un magistrat ancien député, ça fait sérieux. Le voilà en position éligible, et bientôt élu au Parlement européen. Pour remercier sa bienfaitrice de l’avoir remis dans le circuit, il fait de La Droite populaire un satellite du RN, mais qu’on ne s’y trompe pas : ce n’est pas « un ralliement », c’est « un soutien », nuance. D’ailleurs, si on le suit bien, il n’a pas changé, car, n’est-ce pas, « le RN, c’est le RPR d’aujourd’hui ». Et puis, il s’agit d’un compagnonnage de circonstance : « Je n’ai pas pris ma carte au RN, je suis présent sur cette liste pour cette élection. » Pour celle d’après, il est toujours là. Il n’a évidemment jamais pris sa carte, quelle bonne blague, il est bien plus utile comme ça.

Donné en tête au premier tour en Occitanie, il n’a pratiquement aucune chance de gagner. « Le RN est fort dans le Languedoc mais faible en Midi-Pyrénées. Si la gauche ne gagne pas cette région, ce sera un énorme coup de tonnerre », prédit Jean-Daniel Lévy, directeur du département politique et opinion de Harris Interactive.

Ces temps-ci, Garraud cause beaucoup sécurité. Les électeurs aiment ça, la sécurité. En plus, ça tombe bien, ce n’est pas une compétence régionale.


Anne-Sophie Mercier – Le Canard Enchaîné. 09/06/2021