Influenceurs et racistes à l’œuvre.

Dimanche 30 mai 2021, aux alentours de 22 heures, Joseph, livreur Uber Eats, attend une commande devant le restaurant Brasco, à Cergy (95).

Alors qu’il patiente, une altercation éclate entre lui et un jeune homme présent sur place. Ce dernier finit par le rouer de coups, pour des raisons qui restent encore assez floues.

De sa fenêtre, une habitante décide de filmer. La suiteest édifiante : l’agresseur, identifié plus tard et se prénommant Mourad, se met à proférer des insultes racistes à l’encontre de la filmeuse : « Espèce de négresse […], sale Noire, personne ne te touche même avec un bâton […], pendant huit cents ans, on vous a vendus comme du bétail ».

La suite des événements est classique : la vidéo est postée sur les réseaux sociaux, la polémique enfle, et moins de vingt-quatre heures plus tard, une « chasse à l’homme » s’organise. Le lendemain, près de 150 personnes se retrouvent devant le Brasco pour en découdre avec Mourad.

S’il a finalement été arrêté par la police le 1er juin, ses propos ont mis en lumière un racisme latent entre les communautés noire et arabe. Et dans cette course à qui sera le plus nauséabond, un nom revient souvent : celui de Bassem. Qui est cet homme, soupçonné par les internautes d’avoir pu influencer le discours de Mourad?

Âgé d’une quarantaine d’années, Bassem Braïki est un blogueur lyonnais suivi par plus de 160.000 personnes sur YouTube, connu, entre autres, pour ses vidéos diffusées sur les réseaux sociaux. Son quart d’heure warholien, il l’a eu en 2015, après les attentats du 13 novembre, lorsqu’il appelait les musulmans à lutter contre l’islamisme en « traquant ces imposteurs qui se font passer pour des musulmans en tuant des gens ».

Mais depuis, Bassem est surtout sur le devant de la scène pour ses prises de position racistes et homophobes. S’il s’est fendu d’une vidéo en réaction aux propos racistes de Mourad, qualifiant ce dernier de « salope », des internautes n’ont pas manqué de ressortir certaines de ses allégations concernant les personnes noires, l’accusant d’avoir « engendré » ce type de comportement.

Par exemple, dans une vidéo datant de 2019, tournée dans une voiture, Bassem s’exprime ainsi : « Tes soeurs [les femmes noires, ndlr], elles sont radioactives, on les touche pas avec un bâton ! […] Par Allah, je préfère aller à Mykonos danser sur un char avec des sodomites grecs […] Vous [les Noirs, ndlr], vous vous aimez pas, vous souffrez d’un complexe d’infériorité, vous êtes pas beaux, vous ressemblez à rien ! C’est pour ça que vous essayez de niquer les communautés des autres pour avoir une descendance un peu plus blanche ! »

Nuance, pour ses fans, Bassem n’est pas raciste : il est simplement « contre le métissage », comprenez un(e) Noir(e) et un(e) Arabe ne doivent pas se mettre ensemble.

Incarcéré pendant plusieurs mois en 2019 pour des faits qu’il n’a pas souhaité dévoiler et visé par des plaintes pour incitation au meurtre et à la haine envers les homosexuels, Bassem Braïki illustre parfaitement le fait qu’il n’y a pas qu’aux enfants qu’il ne faut pas donner un téléphone.


Lorraine Redaud. Charlie hebdo. 09/06/2021