Guillaume Peltier – Le cumulard qui promet d’éteindre les Lumières

Le vice-président des Républicains sait être lyrique quand, dans Valeurs actuelles, il appelle à « une contre-révolution du bon sens, du patriotisme, du travail, de la fierté et de la grandeur de la France ».

Il sait aussi être plus sobre quand, sur Europe 1, il souhaite, tout simplement, « une contre-révolution ». Ces propos témoignent, dans son cas particulier, d’une constance idéologique, puisque, avant de rejoindre LR, il fut un cadre dirigeant du FN version Jean-Marie et d’un groupuscule nommé Jeunesse Action Chrétienté, aux côtés d’un certain Nicolas Bay.

Mais ils témoignent aussi d’une inquiétante propension à dire n’importe quoi pour éviter de disparaître. Guillaume Peltier joue en effet son avenir de député, de conseiller régional, de numéro deux de sa formation et de son groupe parlementaire à l’Assemblée, ce qui, à même pas 45 ans et en venant de l’extrême droite, est un capital qui vaut d’être conservé.

De deux choses l’une : ou il est resté contre-révolutionnaire et rejoindra le RN à l’heure de la grande clarification, ou il est devenu un notable conservateur réactionnaire prêt à tout pour récupérer des électeurs tentés par Le Pen et qui panique devant les progrès de ses amis d’hier au détriment de ceux d’aujourd’hui.

La contre-révolution, il faut clairement expliquer ce que cela implique : cela va bien au-delà de la République plébiscitaire et autoritaire voulue par le RN. C’est une entreprise idéologique méthodique consistant à revenir sur toutes s valeurs qui composent ce qu’on appelle le « bloc de constitutionnalité », soit la Constitution de 1958 elle-même, mais aussi la Déclaration des droits de l’homme de 1789 et tous les principes inscrits dans le préambule de la Constitution de 1946, qu’on nomme « les principes fondamentaux reconnus par les lois de la République ». Soit l’égalité des sexes, le droit de faire rêve et de se syndiquer, le droit d’asile, le droit à l’instruction, et l’ensemble des droits économiques et sociaux issus du programme du Conseil national de la Résistance (CNR).

La contre-révolution est une doctrine qui, depuis la Révolution française, n’a eu de cesse de vouloir revenir à l’ordre ancien parce qu’elle juge intrinsèquement néfastes et perverses les idées des Lumières. Et un député de droite dit qu’il faut la mettre en oeuvre? Alors ce n’est plus un démocrate, et en plus, ce qu’il énonce est sottise absolue, car on ne revient jamais à un état des choses appartenant au passé.

Dès la Restauration, alors que les ultras croyaient possible de revenir à l’Ancien Régime, Louis XVIII et la majorité des royalistes eurent la sagesse de comprendre que c’était folie. Même dans l’Église, on comprit que la religion ne survivrait pas au rétablissement de la dîme.

Guillaume Peltier, en vérité, ce n’est ni Louis de Bonald ni Joseph de Maistre, les deux maîtres de la contre-révolution dont les fantômes ne bougent plus. Pis, il est ce qu’il reste de la contre-révolution quand on en a évacué le talent littéraire et la métaphysique.

C’est Mac-Mahon et le parti de l’Ordre, c’est la vision du monde des versaillais. Autant dire que si sa ligne devient celle de LR parce que le RN a viré en tête aux régionales, la droite est morte. Et la République, quasiment.


Jean-Yves Camus. Charlie hebdo. 09/06/2021