Ex-postulante LR-EM, une candidate voilée dans l’Hérault

Pour la première fois depuis la polémique liée au port de son voile, Sara Zemmahi, candidate aux élections départementales dans l’Hérault, a participé à une distribution de tracts dans son quartier de Montpellier. LR-EM a retiré son soutien mais la campagne continue.

« Je l’ai reconnue, je l’avais vue à la télé ! » Fatima a stoppé net sa déambulation sur le marché de la Paillade, au nord de Montpellier, pour aller discuter avec Sara Zemmahi. « Je lui ai simplement souhaité bon courage », explique en souriant cette mère de famille, entourée de ses deux filles et de son mari.

Dans leurs mains, ils tiennent le journal de campagne, distribué ce samedi matin par les quatre candidats (deux titulaires, deux remplaçants, dont Sara Zemmahi) sur le marché et autour des halles du quartier.

« C’était sûr, avec son voile, elle allait s’attirer des complications », commente, l’air dépité, Mustapha, le mari, en montrant la photo du doigt. « C’est légal », lui répond Sara Zemmahi, rappelant qu’elle a parfaitement le droit d’apparaître voilée sur un document électoral.

Cette affiche, le patron de LR-EM ne voulait pourtant plus la voir. Le 10 mai dernier, répondant sur Twitter à une provocation du Rassemblement national, Stanislas Guerini avait exigé des candidats qu’ils changent la photo, sous peine de perdre le soutien du parti.

Les candidats héraultais avaient immédiatement refusé de s’exécuter. 48 heures plus tard, l’investiture leur était officiellement retirée.

Aujourd’hui, la photo sur l’affiche est la même. Le slogan « Différents mais unis pour vous ! » n’a pas changé non plus. Seules les mentions « La République en marche » et « Parti présidentiel » ont été gommées.

« Les professions de foi et tout le matériel de vote portant la mention LR-EM avaient été envoyés à la préfecture avant le retrait du soutien », souligne Hélène Qvistgaard, la candidate titulaire. En revanche, on a fait le nécessaire sur les impressions suivantes. On a bien entendu et on a bien respecté leur choix », ajoute-t-elle, un brin railleuse.

Sur le terrain, le discours des candidats est rodé : « Maintenant, la France entière connaît la décision de LR-EM », répètent-ils. Comme un ultime pied de nez, leur journal de campagne appelle à voter pour « une République en marche vers l’avenir ».

Sara Zemmahi dénonce « des calomnies »

[…] C’est la première fois que la jeune femme de 26 ans repart sur le terrain depuis la polémique. La première fois, aussi, qu’elle parle à la presse. En plus de Mediapart, deux journalistes de l’agence de presse Reuters sont venues l’interroger.

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Selon Marlène Schiappa, ministre de la citoyenneté, Sara Zemmahi « est proche des Frères musulmans » car l’association a participé, en 2016, à la rencontre annuelle des musulmans du Languedoc-Roussillon. Ce rassemblement, selon RMC, a accueilli cette année-là « le prédicateur Hani Ramadan, frère de Tariq Ramadan et petit-fils du fondateur égyptien des Frères musulmans ».

« Ce sont des calomnies, répond Sara Zemmahi. Nous nous sommes rendues à cet événement pour promouvoir l’association que nous venions de lancer. Nous ne sommes pas entrées en contact avec qui que ce soit, nous n’avons rien à voir avec les participants. S’il y a un problème avec les intervenants, il faut voir ça avec les organisateurs ! »

Toujours selon RMC, qui le tient « d’une source locale », l’association serait par ailleurs « dans le viseur des renseignements territoriaux » pour, « a minima, [du] prosélytisme déguisé » auprès des enfants. Interrogée sur le sujet, Sara Zemmahi secoue la tête et dément ces accusations. « J’ai découvert tout ça dans la presse… »

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En réponse aux attaques, le journal de campagne propose, dans un encart, un « ABCDaire » pour les électeurs. « Communautarisme », position vis-à-vis de LR-EM, soupçons de « radicalisme » :chaque point est abordé. « Pour que vous puissiez répondre aux attaques des fachos de tous les bords qui salissent les candidats de Différents mais unis pour vous ! », précise le journal.

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Finalement, ce battage médiatique d’ampleur nationale n’aurait il pas un peu profité à la campagne des candidats ? Interrogé, Mahfoud Benali répond tout de go : « En termes de notoriété, oui. En termes de sympathie, oui. Mais en termes de haine, non, ça ne nous a pas aidés. »


Cécile Hautefeuille. Médiapart : titre original : « « Candidate voilée dans l’Hérault : « On profite de la notoriété. Pas de la haine » ».

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