« le silence ne me protégera pas ».

Cette phrase dit que nous [les femmes], devons lever les tabous, ne plus nous empêcher d’être qui nous sommes, au risque de quitter les normes, d’entrer dans les marges. Elle nous invite à nous révéler à nous-mêmes, à chercher notre centre.

Télérama : Briser le silence participe à l’évolution des mentalités depuis la vague #MeToo

Charlotte Bienaimé. Bien sûr, les prises de paroles depuis #MeToo sont essentielles. Mais je pense qu’il s’agit d’abord d’une révolution de l’écoute. Les femmes parlent depuis toujours, c’est juste que depuis quelque temps, on les écoute un peu plus… Pour autant, il faut aussi rester prudentes face à cette injonction à la parole. Les femmes parlent quand elles peuvent, si elles veulent. Quand Audre Lorde propose de ne plus se taire, il ne s’agit pas de le faire pour les autres, mais pour soi-même. C’est de l’ordre de la survie : nous avons besoin de raconter ce qui nous arrive, de poser les mots, précis, d’aller jusqu’au bout du récit de nos émotions, de nos réflexions, avec nos parents, nos amants et amantes, nos amis, nos enfants. Pour vivre mieux, pour survivre et pour changer le monde. Nous ne sommes pas heureuses sans parler, alors autant le faire, ça ne peut que nous rendre plus fortes.

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Avant, lorsque je disais être féministe, on se moquait de moi. Ce n’est plus le cas. En revanche, le simple fait d’être présente dans une assemblée pas nécessairement féministe provoque le débat. On me demande très souvent de me justifier, de sortir les bons arguments, de prouver que je suis une « bonne féministe pas trop radicale ». C’est épuisant. Et mon temps est précieux.

Les autres conséquences très graves, c’est que certaines personnes considèrent maintenant que le féminisme est une sorte de mode. Ou le dépolitisent en le récupérant pour en faire de l’argent. Alors qu’il s’agit de survie pour les femmes et toutes les personnes qui n’entrent pas/plus dans les normes de genre.

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Les femmes sont socialement habituées à prendre soin, à être douces, à écouter et à se montrer bienveillantes. On présente cela comme des aptitudes naturelles, alors que de nombreux travaux prouvent qu’il s’agit bien de construction. En conséquence, lorsque des femmes exercent leurs pouvoirs de violence, on va estimer qu’il s’agit d’un problème psychologique, pathologique car elles dérogent à ce qui est estimé être leur « nature profonde ».

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Carole Lefrançois – Télérama – titre original : « Charlotte Bienaimé, d’“Un podcast à soi” : “La violence des femmes est impensée” ».

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