Bercy de plus en plus vaporeux

Bruno Le Maire a profité d’un rapide passage devant les caméras de télévision (28/5) pour annoncer qu’en 2021 le déficit public français (c’est-à-dire la somme des déficits de l’Etat, de la Sécu et des collectivités locales) devrait atteindre 9,4 % du PIB de 2020.

Lors du vote de la loi de finances initiale, en décembre 2020, ce total avait pourtant été fixé à 8,5 %, avant d’être révisé à 9 %.

Une « correction » qui, à l’arrivée, représente 19,2 milliards d’euros. Excusez du peu !

La lecture du dernier rapport de la Cour des comptes sur le budget de l’Etat en 2020 le confirme : le Covid aidant, il a fallu pas moins de quatre lois de finances rectificatives pour que le déficit du budget de l’Etat soit enfin établi à 223,3 milliards.

Une fois l’année terminée, cependant, Bercy a dû reconnaître qu’il serait inférieur de 45,3 milliards, et ne pèserait donc « que » 178 milliards d’euros. Re-excusez du peu !

Les raisons de ce dérapage telles qu’avancées par les magistrats de la Cour des comptes dans leur jargon ? « La sous-consommation des crédits en fin d’année reflète, au-delà des incertitudes liées à la crise sanitaire, un manque de réalisme des prévisions budgétaires. » Même constat à propos des recettes fiscales : « Leur exécution a révélé une erreur de 28,8 milliards d’euros par rapport à la troisième loi de finances rectificative. » Re-re-excusez du peu !

Les dénonciations de ces erreurs de provisions sur le budget de l’Etat n’empêchent pas ces messieurs-dames de la Cour des comptes de conclure leur rapport par cet avertissement au gouvernement : « En 2020, les dépenses nettes du budget général se sont accrues de 15,5 % par rapport à 2019. Près de la moitié de ces dépenses ont été financées par l’endettement, et non par des recettes publiques. »

Message reçu à Bercy ?


Article signé des initiales – J. C.-Le Canard Enchainé – 03/06/2021