Thierry Le Gall, un lobbyiste au Parlement

Dans la grande famille du prosélytisme religieux, connaissez-vous les Assemblées de Dieu (AdD) ?

Sous ce vocable, on trouve l’Église protestante évangélique et ses dynamiques adeptes, désireux d’évangéliser la société française. Mercredi 26 mai 2021, ces AdD organisaient sur leur chaîne, Evandis Gospel TV, « un temps de prière, d’appels et d’intercession de Dieu » pour, entre autres, informer les ouailles sur « une loi préoccupante ».

En cause : la législation pour « le respect des principes de la République et de lutte contre le séparatisme ». Cette loi « faite au départ pour lutter contre l’islamisme radical est devenue un danger pour toutes les religions », s’alarment ces évangélistes.

 Sous la vidéo YouTube de l’émission, les messages défilent. Il y a les bienheureux qui font appel au « sel et [à] la lumière dans les couloirs de l’Assemblée nationale » et ceux qui, avec raison, doutent : « Nos prières pourront-elles encore avoir un effet [contre la loi impie] ? » Il y a aussi le maso (ou le troll) qui estime qu’« un peu de persécution ne nous ferait pas de mal », et le facho qui lance : « Restons dans l’espérance, au Texas, l’avortement n’est plus autorisé. Gloire à Dieu! »

Ce grand moment d’échange politico-religieux était mené par Thierry Le Gall.

Inconnu au bataillon médiatique, ce quinquagénaire mérite un coup de projecteur. Fervent chrétien, Le Gall a fait l’essentiel de sa carrière en tant que directeur de la communication chez Ferrero. L’appel de Dieu étant plus fort que le goût du chocolat à la noisette, il laisse tomber les réceptions chez l’ambassadeur pour les rendez-vous à l’Assemblée nationale, et devient, en 2016, le premier pasteur disposant de son rond de serviette au Parlement.

Refusant le terme de « missionnaire », l’homme se voit plutôt comme un « pionnier » dont le rôle est de donner « de la visibilité» à son Église auprès des élus et des institutions. Copieur, va!

On le sait peu mais, depuis 1995, l’archevêché de Paris (les cathos) offre aux parlementaires un « service pastoral d’études politiques ».

À en croire tous ces bons chrétiens, il ne s’agit pas de faire du lobbyisme bondieusard au coeur de la nation, mais simplement d’assurer une présence de l’Église auprès des élus républicains. Ce qui, en soi, et au regard de la loi de séparation de 1905, pose déjà question.

De plus, le fait que les évangélistes de l’AdD s’alarment sur des lois bien précises, touchant aux moeurs (le mariage pour tous) ou au cantonnement du religieux à la sphère privée, donne quelques indications sur le rôle et les missions de cette présence évangélique au Parlement.

D’ailleurs, dans un article paru dans Les Cahiers de l’École pastorale, intitulé « La politique ? Parlons-en », la plume de Thierry Le Gall en dit long : « La mission principale [du service pastoral] est d’assurer une présence chrétienne […] auprès des élus, des responsables politiques et leaders d’opinion français, et de représenter auprès de ce public les intérêts, les valeurs et prises de position des Églises évangéliques. » Ce qui est finalement une bonne définition d’un groupe de pression.

Natacha Devanda -Charlie Hebdo – 02/06/2021