Par quoi l’Observatoire de la laïcité sera-t-il remplacé ?

La réponse est tout sauf évidente, en raison d’un affrontement acharné au sein même de la majorité, entre les partisans d’une ligne « accommodante » et ceux d’une ligne plus « stricte ».

Est-ce la fin de l’Observatoire de la laïcité ?

Sous le feu des critiques pour n’avoir précisément pas observé grand-chose, il pourrait être dissous prochainement. Ses détracteurs lui reprochent notamment une incapacité à dénoncer les atteintes à la laïcité et une certaine proximité avec feu le CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France). Le Premier ministre devrait faire connaître son arbitrage dans les prochaines semaines. Que va-t-on avoir ensuite ?

Marlène Schiappa a évoqué deux nouvelles structures : un Haut conseil à la laïcité et une administration de la laïcité. Mais la bataille politique en coulisse fait rage. Sur ce sujet se cristallise une opposition qui divise la majorité et le gouvernement depuis longtemps, entre une ligne plus « accommodante », à la Bianco et Cadène (à la tête de l’institution), et une ligne plus « stricte ».

Cette dernière est défendue par Schiappa, le ministère de l’Intérieur et celui de l’Éducation. Certains ministres comme le ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti, ou le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian restent des soutiens de l’Observatoire de la laïcité. Plusieurs soutiens de l’Observatoire défileraient d’ailleurs auprès du Premier ministre pour le défendre. Ce qui suscite l’inquiétude des partisans d’une ligne plus stricte.

« Ils n’ont pas le plus petit début d’idée de ce qu’ils veulent faire. C’est affligeant. Rarement vu un tel degré d’impréparation » déplore l’un des défenseurs d’une ligne plus « claire ». «  Si Macron revient à ce qu’il a dit aux Mureaux (lors de son discours sur le séparatisme, ndlr), on peut avoir de l’espoir. J’espère que la ligne sera plus claire que ce qu’avait imprimé l’observatoire. Après ce qui s’est passé avec Samuel Paty, la situation le commande » nous dit un autre. Preuve de cette ambiance de guerre de tranchées, une « fuite » est sortie opportunément dans la presse, vendredi dernier : Macron aurait recadré sévèrement Shiappa à propos des États-Généraux de la laïcité, qu’elle a organisés sans demander son avis au Président : « Les Français s’en fichent et moi aussi », aurait-il dit en plein Conseil des ministres. Depuis, des proches de la ministre assurent que c’est une « boule puante » et que de recadrage il n’y a point eu. 

Même si la suite de l’Observatoire n’est pas actée, quelques noms ont commencé à circuler pour le probable futur Haut Conseil à la laïcité. Parmi eux, Didier Leschi, ancien chef du bureau des cultes au ministère de l’Intérieur et proche de Chevènement, ou encore l’ancien ministre Jean Glavany, ou bien Dominique Schnapper, la présidente du Conseil des Sages de la laïcité mis en place par Blanquer, qui auraient tous refusé.

Le nom de Frédéric Potier, ancien patron de la Dilcrah circulait aussi, mais il a été entre-temps recruté à la RATP. D’autres noms planent encore, d’Élisabeth Badinter, chantre d’une laïcité républicaine, à Pierre Besnard, au profil plus consensuel : préfet, ancien chef de cabinet de Hollande, actuellement en mission sur la formation des agents publics à la laïcité.

Autre nouveauté, la mise en place d’une administration dédiée à la laïcité, un peu sur le mode de la Dilcrah (Délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT). Cette administration, encore à l’état de projet, est très attendue par les défenseurs de la laïcité, car plus efficace selon eux qu’un Haut conseil qui consulte et observe.

Une telle administration, avec un financement, une équipe dédiée de juristes, de formateurs, permettrait d’être un référent pour les autres ministères ou encore les enseignants. En attendant, il faudra trancher entre les deux lignes qui traversent la majorité depuis le début du quinquennat. Il est possible que là encore, Macron fasse du « en même temps »


Laure Daussy. Charlie Hebdo Web. Titre original : « Bataille politique sur les ruines de l’Observatoire de la laïcité »

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