Le lucratif affichage électoral !

Depuis le 31 mai 2021, les candidats aux régionales sont autorisés à coller leur bobine sur les panneaux prévus à cet effet. Seulement, fini le temps où les militants sillonnaient les rues avec leur seau de colle !

Depuis quelques années, la plupart des candidats, de droite comme de gauche, font appel à la même société, France Affichage Plus, qui a pris la place laissée par des géants comme JC Decaux, Exterion (ex-Giraudy) ou ClearChannel. Créée en 2015, cette PME familiale colle les placards électoraux… et accole les talents !

L’un de ses principaux actionnaires, Gilles Soulas, est un vieux routier de l’ultra-droite. Cocasse, quand on sait que, de Macron à Hamon, tous les candidats à la présidentielle de 2017 et aux européennes de 2019 ont fait appel à cette boîte.

Pour les régionales, un tas de candidats, du frontiste Jordan Bardella à Audrey Pulvar, en passant par le Vert Julien Bayou et le Marcheur Laurent Saint-Martin, ont encore recouru à ses services. L’État, lui, ne choisit pas l’afficheur, mais rembourse les candidats, qui choisissent eux-mêmes leur prestataire sans bien regarder sous le capot…

Ancien proprio de l’AEncre, une librairie facho où il vendait de suaves ouvrages négationnistes, Gilles Soulas a été membre du Parti des forces nouvelles, puis « militant du Front national, tendance Mégret », comme il l’expliquait lui-même, le 7 avril 1999, lors d’une audition à l’Assemblée nationale.

Marié à Louise Alaux, ex-salariée du FN, Soulas a aussi donné dans le Minitel rose et l’impression d’affiches et de prospectus. Aujourd’hui, ce tireur d’élite détient 240 des 1.000 actions formant le capital de France Affichage Plus.

Tous à la colle

Autre actionnaire de cette chouette PME familiale : Gilbert Caron, qui, au début des années 90, fut copropriétaire de la société éditrice de « Minute ». Après s’être occupé des affiches de campagne de Philippe de Villiers, Caron est devenu l’imprimeur attitré de Sarko, en 2007 et en 2012, grâce à son ami Patrick Buisson, lequel l’a imposé en échange d’une menue commission : 358.000 euros pour la première campagne et 239 000 pour la seconde (Médiapart, 21/9/16).

C’est aussi un fiston de la famille Caron, François, qui dirige France Affichage Plus, et en possède des parts. Dernier actionnaire ? Aurélien Salle, ancien conseiller d’Hervé Novelli, ex-ministre de Sarko.

Un vrai tableau de chasse politique !

Au fait, nos colleurs mettent-ils autant d’ardeur à travailler pour des gauchos que pour des fachos ? Et comment ! assure François Caron : « Nos équipes affichent toujours plusieurs listes, avec la même qualité et la même rigueur » Oh ! Et ce business œcuménique se révèle plutôt florissant. En 2019, la boîte a encaissé 1,153 million de bénéfices et versé 800.000 euros de dividendes à ses éminents proprios.

En voilà une, au moins, qui gagne à toutes les élections !


Isabelle Barré. Le Canard Enchainé – 02/06/2021