Le LR, déjà en quasi-coma… Peltier ajoute à la débandade

Ce presque sans-logis Thierry Mariani, ancien sarkozyste passé de LR au RN de Marine Le Pen, a quelques problèmes de domicile en Paca pour les régionales. Mais nombre de permanents de son ancien parti en ont aussi. Et de plus graves : eux ont perdu leurs repères et savent de moins en moins où ils habitent.

Non seulement la maison LR est en ruine, défoncée en 2017 par Macron, qui n’a cessé depuis d’en saper encore les fondations. Mais, à l’intérieur même de ce qu’il en reste, des soubresauts n’en finissent pas de secouer un peu plus les décombres.

Ainsi, le numéro deux du parti, Guillaume Peltier, qui, lui, a fait le trajet inverse de Mariani en venant du FN pour passer chez LR, semble de nouveau tenté de reprendre la « passerelle » dans l’autre sens.

Ami des déclarations intempestives pour se faire remarquer, il s’est d’abord lancé, dimanche, dans une surenchère sécuritaire, piétinant au passage à gros croquenots l’État de droit en réclamant, en vrac, une « Cour de sûreté de la République » à même de pratiquer une « justice exceptionnelle » pour condamner « sans appel possible » et « sur la base de soupçons avérés » les individus radicalisés.

Puis, pour faire bonne mesure, en a rajouté en expliquant tout le bien qu’il pensait de Robert Ménard, le maire de Béziers, très proche du RN, avec qui il partage les « mêmes convictions ». Lequel l’en a aussitôt remercié en constatant qu’« une digue tomb[ait] ». La maison plus la digue effondrées, tout cela fait beaucoup de gravats !

Damien Abad, le président du groupe LR à l’Assemblée, a beau répéter que « [cette] digue avec le RN est infranchissable », elle n’en comporte pas moins de plus en plus de brèches.

Sans véritable tête, avec des prétendants mais sans « candidat naturel », sans programme ni doctrine, LR a désormais le plus grand mal à sortir du piège binaire dans lequel Macron tente d’enfermer ses rangs. Un piège à fragmentation consistant à en attirer une partie dans le camp de la Macronie tandis que l’autre, la plus droitière, est tentée par le RN, que l’actualité sécuritaire ne cesse de faire monter.

Cela a commencé en Paca avec le sortant LR Renaud Muselier, qui a eu droit aux bonnes grâces de LR-EM et même à une annonce du Premier ministre. Ce qui a aussitôt semé la zizanie chez LR et, par contrecoup, entraîné une opération de séduction lepéniste envers des LR susceptibles d’y être sensibles. Nadine Morano ou Eric Ciotti ont ainsi été invités par Marine Le Pen en personne, en tant que « personnalités sincères de la droite », à rallier son camp en allant « au bout de leur logigue». De son côté, le premier lieutenant, Jordan Bardella, au son de la « digue », la « digue», entonne le même air.

Christian Estrosi, parti, lui, de LR après avoir prôné le rapprochement avec Macron, déplore que cette digue ait déjà « cédé » et qu’« un certain nombre [aie]nt déjà franchi le pas en direction de « Mme Le Pen » ». Laquelle n’en est, bien sûr, pas trop chagrinée. Pas plus que son candidat en Paca, Thierry Mariani, qui, profitant du rebondissant psychodrame des arrangements avec LR-EM de son adversaire et ancien ami Renaud Muselier, grimpe dans les sondages.

Les arrangements en question, outre semer la confusion chez LR, étaient censés faire barrage au RN. Si Mariani, en dépit de ses problèmes de logement, venait à l’emporter, apportant ainsi au parti de Marine Le Pen sa première présidence de région, là, en plus d’un nouvel effondrement pour LR, c’est Macron qui aurait un sérieux problème avec les effets secondaires de son piège maison.


Édito Erik Emptaz – Le Canard Enchainé – 02/06/2021