Ces eurocrates qui inventent l’indemnité d’hébergement chez soi.

Nous sommes en 2021 après J.-C. Toute l’Europe subit l’appauvrissement causé par une crise sanitaire sans précédent.

Toute ? Non ! Un petit organe consultatif peuplé d’irréductibles eurocrates résiste encore et toujours au serrage de ceinture.

Le Comité économique et social européen (Cese), en effet, continue d’octroyer une « indemnité de séjour » de 290 euros par réunion à chacun de ses 329 participants, tous nommés par les 27 Etats membres.

Cette indemnité est censée couvrir les frais d’hébergement à Bruxelles des recrues issues du patronat, du monde associatif ou des professions libérales. Sauf que l’oseille a continué d’être versée après mars 2020, alors que la plupart des réunions étaient organisées par visioconférence.

Sur la seule année 2020, 2,2 millions d’euros au moins ont ainsi été déboursés par l’Union européenne. L’indemnité informatique annuelle, elle, est passée de 3 000 à 5 000 euros par membre, « afin de couvrir les coûts supplémentaires occasionnés par le télétravail ».

Dès avril 2020, pourtant, le service juridique du Cese, considérant la généralisation des réunions en ligne, avait renâclé : en vain. Certains ont bien essayé d’adapter le règlement pour justifier la nouvelle situation, mais l’organisme craignait que les Vingt-Sept, ne profitent de l’occasion pour faire le ménage dans le train de vie du Cese, jugé très dispendieux.

« Ce comité ne fait que canaliser de l’argent public pour organiser des voyages et payer des indemnités, mais il n’a aucun impact politique. Personne ne lit [ses] rapports », s’énerve l’eurodéputé tchèque Tomas Zdechovsky, qui, à la fin de 2020, a fait voter un texte sur la gestion du machin.

Séminaires exotiques

A l’actif du Cese : 16 voyages en Chine depuis 2017, pour aller « à la rencontre » de la société civile locale, réputée très indépendante du pouvoir… « Le vrai scandale, ce sont ces voyages en classe business aux quatre coins du monde pour rencontrer des sociétés civiles fictives… » soupire Henri Malosse, ancien président du Cese et membre de l’instance jusqu’en septembre 2020.

D’ordinaire, 20 millions d’euros par an sont alloués aux indemnités et aux voyages.

Sous la pression du Parlement européen, le Cese a finalement demandé aux États membres, en janvier, de réduire à 200 euros l’indemnité versée pour les visioconférences. Sans trop se presser, quand même : l’institution évoque aujourd’hui « une décision [qui sera prise] avant l’été ». Si tôt ?


Article signé des initiales J. C. – Le Canard enchaîné. 26/05/2021