Indigeste tambouille des tickets-resto

La prochaine réouverture (complète) des restaurants n’empêche pas les petites manœuvres en cuisine.

En favorisant les règlements par carte bancaire, la crise sanitaire, espèrent les pros de la bouffe, pourrait permettre d’accélérer la « dématérialisation » d’un autre moyen de paiement : les tickets-resto. Et de réduire leur coût (les commissions versées aux émetteurs de ces tickets), jugé abusif. Le Groupement national des indépendants hôtellerie et restauration (GNI) devrait, avant la fin de l’année, saisir le tribunal de commerce pour obtenir la baisse de cette rétribution.

« Ces sociétés prennent en moyenne 4 %, alors que les banques se contentent de commissions comprises entre 0,3 et 0,4 % pour la Carte bleue », fulmine Laurent Frechet, président de la branche restauration du GNI.

Gâteau pour quatre

Prélever 40 centimes sur un repas à 10 euros, ça n’a l’air de rien, mais les sommes en jeu sont colossales. En 2020, 4 millions de salariés ont utilisé 585 millions de titres-restaurant valant 7,1 milliards d’euros (soit 15 % du chiffre d’affaires de la restauration commerciale dans l’Hexagone). Joli casse-croûte !

Quatre sociétés trustent la quasi-totalité du marché : Edenred France (Ticket Restaurant), Groupe Up (Chèque Déjeuner), Sodexo Pass France (Pass Restaurant) et Natixis Intertitres (Chèque de table). En 2020, ce quatuor historique s’est vu infliger une amende record de 414,6 millions d’euros : l’Autorité de la concurrence leur reprochait d’avoir freiné (un comble !) la dématérialisation des tickets-resto, histoire de juguler la concurrence de jeunes entreprises.

« Ces intermédiaires profitent d’un système subventionné par l’Etat », peste Laurent Frechet. Sous la forme d’avantages fiscaux. Certes, les chèques restaurant, plafonnés à 11 euros par jour travaillé, sont financés entre 50 et 60 % par les employeurs, et le reste par les salariés. Mais les premiers ne versent aucune cotisation sociale sur cet avantage en nature, et les seconds aucun impôt. A l’orée du troisième confinement, Bertrand Dumazy, le pédégé d’Edenred, militait pour relever le plafond du Ticket Restaurant à 15 euros. Du plus bel effet, avant que sa multinationale rejoigne… le CAC 40.

«Il faut bien que nous rémunérions notre travail d’apporteur d’affaires, se défend un porte-parole du groupe. Les commerçants indépendants, eux, sont les plus durement taxés par ce système. Les grandes enseignes de la distribution, tel Carrefour, ou de la restauration rapide, comme McDo, avalent un volume considérable de chèques-repas. « Ces clients-là négocient donc des taux de commission proches de zéro, confesse au « Canard » le commercial de l’un des quatre mastodontes. Ils se voient aussi octroyer des ristournes de fin d’année pour leur fidélité. » Le tout dans une complète opacité.

Et ce sont les petits qui paient le plus gros de la note (sans tickets-resto).


Article signé des initiales O. B.-K. Le Canard Enchainé. 29/05/2021