Un cri toujours perceptible !

N’ayons aucune honte à défendre notre France… Celle-là. MC

De plaines en forêts de vallons en collines
Du printemps qui va naître à tes mortes saisons
De ce que j’ai vécu à ce que j’imagine
Je n’en finirais pas d’écrire ta chanson
Ma France

Au grand soleil d’été qui courbe la Provence
Des genêts de Bretagne aux bruyères d’Ardèche
Quelque chose dans l’air a cette transparence
Et ce goût du bonheur qui rend ma lèvre sèche
Ma France

Cet air de liberté au-delà des frontières
Aux peuples étrangers qui donnaient le vertige
Et dont vous usurpez aujourd’hui le prestige
Elle répond toujours du nom de Robespierre
Ma France

Celle du vieil Hugo tonnant de son exil
Des enfants de cinq ans travaillant dans les mines
Celle qui construisit de ses mains vos usines
Celle dont monsieur Thiers a dit qu’on la fusille
Ma France

Picasso tient le monde au bout de sa palette
Des lèvres d’Éluard s’envolent des colombes
Ils n’en finissent pas tes artistes prophètes
De dire qu’il est temps que le malheur succombe
Ma France

Leurs voix se multiplient à n’en plus faire qu’une
Celle qui paie toujours vos crimes vos erreurs
En remplissant l’histoire et ses fosses communes
Que je chante à jamais celle des travailleurs
Ma France

Celle qui ne possède en or que ses nuits blanches
Pour la lutte obstinée de ce temps quotidien
Du journal que l’on vend le matin d’un dimanche
A l’affiche qu’on colle au mur du lendemain
Ma France

Qu’elle monte des mines descende des collines
Celle qui chante en moi la belle la rebelle
Elle tient l’avenir, serré dans ses mains fines
Celle de trente-six à soixante-huit chandelles
Ma France


« Ma France » est une chanson de Jean Ferrat-Tannenbaum, sortie en 1969. C’est une chanson engagée, chanson politique, c’est tout d’abord une déclaration d’amour à la France physique, dont les deux premiers couplets évoquent les paysages, avec quelques gros plans sur des lieux aimés (la Provence et son soleil, la Bretagne et ses genêts, l’Ardèche et sa bruyère).

Mais aussi et surtout c’est une ode à un peuple combattant pour la liberté depuis Robespierre et Victor Hugo jusqu’à mai 1968. Jean Ferrat oppose la France des travailleurs et des valeurs républicaines de Liberté, Égalité, Fraternité à celle de Monsieur Thiers, qui réprima la Commune de Paris en 1871.

Il rend hommage aux militants du PCF, vendeurs de l’Huma et colleurs d’affiches, à travers ce couplet : « Pour la lutte obstinée de ce temps quotidien / Du journal que l’on vend le matin d’un dimanche / À l’affiche qu’on colle au mur du lendemain ».

Il reproche aux gouvernants du moment, auxquels il s’adresse par un « vous » anonyme mais derrière lequel on devine le chef de l’État de l’époque, Charles de Gaulle, d’usurper le prestige de la France, modèle de liberté pour le monde.

« Les chansons politiques, quand elles ne sont pas réussies ont l’air de tracts, mais quand elles sont réussies, comme celle-là, elles sont pleines de vérité humaine ».