Pécresse : vise au minimum la région I.D.F…

Elle s’est coupé les cheveux et regarde l’objectif droit dans les yeux, avec un sourire rassurant. Ne pas trop en faire, de peur de paraître désinvolte, se montrer détendue tout de même, pour casser cette image d’ennui pesant qui lui colle à la peau.

Dessin de Kiro – Le Canard – 19/05/2021

Elle est prête, la France rêve d’une droite serre-tête mais pas trop (n’a-t-elle pas soutenu l’union civile pour les couples homosexuels ?) mais sans droit au mariage et à l’adoption, hein, il faut savoir raison garder. « Pécresse ne laisse rien au hasard, tout est com, tout est maîtrisé, c’est une pro », rigole un maire socialiste d’Ile-de-France.

Elle a accordé au « Point » (13/5) un « grand entretien sur le fond ». Elle ne sera jamais Premier ministre de Macron, elle doublera le nombre de policiers municipaux dans la région. Elle parle banlieues et quartiers difficiles, des trucs lus cent fois, défend un « revenu jeune actif », mais, qu’on ne s’y méprenne pas, ce n’est pas de l’« assistanat », elle a beau s’être sentie socialiste en 1981, les pauvres, faut les mettre au taf, l’oisiveté est mère de tous les vices.

Attention à ne pas apparaître non plus comme la mère fouettarde des beaux quartiers. Alors, elle parle d’amour. Pourquoi solliciter un nouveau mandat devant les Franciliens ?« J’ai besoin qu’ils me disent qu’ils m’aiment, comme je les aime depuis six ans. »

On imagine le communicant satisfait : très bien, Valérie, tu t’es lâchée, déboutonne-toi, il faut faire connaître la vraie Pécresse, allez, parle-leur d’amour.

La ligne « ménagère »

Elle a longtemps joué la stratégie de la dadame qui ne s’intéresse qu’aux sujets du quotidien, famille, petite enfance, garde alternée.

Quand elle débarque comme conseillère à l’Élysée sous Chirac, en 1998, elle essuie le mépris de Villepin. « Ne le prenez pas mal, mais, votre seul atout, c’est d’être une femme », lance-t-il à l’impétrante surdiplômée, issue du Conseil d’État, avant d’ajouter, définitif : « Vous êtes normale, et, en politique, il n’y a pas de femmes normales, il n’y a que des névrosées. »

La « femme normale » est assez maligne pour jouer les petites souris besogneuses et obtenir de Franck Borotra qu’il lui laisse sa circonscription en or dans les Yvelines. Chirac l’apprécie, mais c’est Sarkozy, avec lequel elle a l’intelligence de ne pas se brouiller, qui la nomme ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

Elle fait voter sa loi sur l’autonomie des universités, « une grande réussite », assurent ses partisans. « Le bilan est pour le moins mitigé. C’est une loi très darwinienne, qui a organisé le désengagement de l’Etat : les universités les moins prestigieuses, nombreuses, se sont enfoncées dans la pauvreté. Qu’est-ce que ça veut dire, l’autonomie sans argent ?» dénonce un haut fonctionnaire du ministère.

Elne présidente de la région Ile-de-France en 2015, elle reste sur sa ligne « ménagère » : « Moi, je veux une région propre, et rien de tel qu’une femme pour faire le ménage. » Mais l’opposition socialiste, défaite, comprend immédiatement à quel point la nouvelle venue est redoutable. « Elle passe son temps à faire des alliances pour avancer ses pions, conquérir des positions.

Elle a une vraie intelligence de la conquête, même si elle s’est déjà plantée, comme lorsqu’elle a essayé de virer Patrick 0llier de la Métropole du Grand Paris pour placer un de ses pions », raconteun conseiller régionalsocialiste. Dans des réunions en petit comité,elle assume de donnerplus aux villes de droitequi votent pour elle.

« C’est la reine des fausses réunions de concertation. Elle affecte de discuter avec tout le monde, mais elle n’oublie jamais ses copains de l’Essonne et des Hauts-de-Seine », assure un maire de Seine-Saint-Denis.

Bruxelles demande des comptes

Elle se dit très laïque, ce qui amuse beaucoup les élus de gauche. « Elle a travaillé avec Sens commun, l’émanation politique de la Manif pour tous, elle leur a même confié la présidence de la commission sur la famille. » Maintenant qu’elle postule ouvertement pour l’Elysée, exit Sens commun

Quand le Parquet national financier perquisitionne les bureaux de ses collaborateurs, l’année dernière, à la suite d’un rapport de la chambre régionale des comptes, soupçonnant des emplois fictifs, elle fait mine de s’exécuter, vire les contractuels occupant les postes litigieux et… les place dans d’autres services.

Est-elle aussi bonne gestionnaire qu’elle le prétend ? La région s’est fait récemment sanctionner par Bruxelles pour mauvaise utilisation des fonds européens. En 2020, il a fallu rembourser la bagatelle de… 16 millions d’euros.

Qu’importe, Pécresse taille sa route, toujours propre sur elle, pas une idée qui dépasse.


Anne-Sophie Mercier – Le Canard Enchainé – 19/05/2021