Brevet des collèges : L’obtenir sert-il à quelque chose ?

[…] Claude Lelièvre, historien de l’éducation, revient sur ses origines et sur les raisons de sa longévité. […]

  • On se demande régulièrement à quoi sert le brevet. L’histoire de cet examen permet-elle de répondre à la question ?

Claude Lelièvre : Pas vraiment ! Le brevet a toujours été un ovni. C’est un examen qui n’a jamais arrêté de changer de fonction, de nom et de forme. Pendant toute la IIIᵉ république, au XIXᵉ siècle, le « brevet de capacités » ouvrait à des postes de cadres intermédiaires. Non seulement il certifiait qu’on était en capacité de devenir maître ou maîtresse d’école, mais il était plus généralement requis pour exercer certains métiers. Ceux qui réussissaient cet examen du primaire supérieur étaient qualifiés de « sous-officiers de l’armée du travail », alors que les élèves ayant obtenu le certificat d’études à l’issue de l’école élémentaire étaient considérés comme les « soldats de l’armée de l’industrie ». Pour être baptisé « officier de l’armée du travail », il fallait posséder si possible le baccalauréat. Pendant la première moitié du XXᵉ siècle, cette fonction s’est distendue : de moins en moins nécessaire pour occuper certains postes, le « diplôme national du brevet » (DNB) ne donne plus accès aujourd’hui qu’aux concours de catégorie C de la fonction publique. […]

  • Comment se fait-il qu’il n’ait pas disparu avec l’élargissement de l’accès au bac ?

Claude Lelièvre : Il avait un sens au XIXᵉ siècle, quand seuls 2 % ou 3 % des élèves avaient le bac. Avec la massification scolaire, le baccalauréat est devenu l’examen emblématique. À tel point que le brevet a failli disparaître dans les années 1970. C’est Jean-Pierre Chevènement qui l’a réintroduit en 1986. […]

  • Au lieu de disparaître, le brevet va même s’étoffer…

Claude Lelièvre : Il n’arrête pas de se compliquer, sans changer de fonction. Le « diplôme national du brevet » créé en 1988 distingue trois séries – collège, technologique et professionnelle. On y ajoute en 2001 des options facultatives à l’examen, avant d’introduire en 2006 une option découverte professionnelle, puis une note de vie scolaire, une épreuve d’informatique et Internet, la validation du niveau A2 défini par le cadre européen dans une langue vivante, une épreuve orale facultative en histoire des arts qui deviendra ensuite obligatoire…

  • N’est-ce pas important d’avoir un rite de passage qui valide la fin de la scolarité obligatoire ?

Claude Lelièvre : […] Le Conseil supérieur des programmes avait envisagé en 2013 de supprimer l’examen du brevet et de ne garder que la validation du socle commun. Mais il a été maintenu, résultat : on a affaire à une usine à gaz.

  • Est-ce le signe d’une passion française pour les diplômes ?

Claude Lelièvre : Disons plutôt qu’une partie de la corporation enseignante tenait à maintenir un examen sur table – qui soit corrigé par des professeurs extérieurs pour ne pas avoir à subir la pression des parents. […]


Marion Rousset – Télérama – Titre original : « Brevet des collèges : mais à quoi cet examen sert-il vraiment ? »


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