Revoilà !

Revoilà les très attendus « jours meilleurs »…

« Re » car, il y a à peine plus d’un an, usurpant au vocabulaire du Conseil national de la Résistance, le « guerrier » Macron, au sortir d’un premier et long confinement, nous promettait déjà ces jours-là. Ils sont déjà venus une fois.

… Le temps d’un été débridé, sont vite repartis, dès la rentrée. 80 000 morts et 21 millions de primo-vaccinés plus tard, alors que les services de réanimation sont encore en grande tension, les jours en question reviennent officiellement ce mercredi.

Les terrasses des cafés et des restaurants rouvrent ou ouvrent, car nombre d’établissements qui n’en avaient pas en ont, à grand bricolage de palettes de bois, édifié une, voire plusieurs, sur les places de stationnement. Et ni les craintes que ce retour ne soit qu’éphémère ni la pluie et les températures d’un temps de mars en mai ne sauraient ternir le bonheur de l’instant. Celui du premier déjeuner sous un rayon de soleil, de la « première gorgée de bière » ou du second café déconfinés. Et, même à « demi-jauge », pas question de savourer seulement à moitié ce moment tant espéré !

Au bout de sept mois de fermeture et deux de reconfinements, on ne fait pas les difficiles ! Ce n’est pas l’heure de cracher dans la soupe, même si elle n’est plus servie après 21 heures.

 D’autant que cette emblématique réouverture des terrasses n’est pas la seule. Elle s’ajoute à celle des musées des théâtres. des cinémas…, relégués tout ce temps au même rang que les produits sanitairement décrétés « non essentiels » par les autorités. Et, là encore, après en avoir été si longtemps privés, il serait malvenu de se lamenter des jauges réduites reconduites au théâtre ou au ciné, des musées en grèveou fermés. Après des mois de restrictions, même le très moyen a la saveur du très bon !

Mais, sans cacher sa joie, inutile de trop s’emballer pour autant. Chacun sait, évidemment, les limites de cet engouement pour la première étape d’un déconfinement qui, même si les chiffres inspirent une bonne dose d’optimisme, repose aussi sur des choix politiques. Ce qui ne l’empêche aucunement de pouvoir être remis en question par les réalités épidémiologiques d’un variant…

De leur côté, les restaurateurs, dont seuls 40 % (ceux qui ont des terrasses) sont à ce jour concernés, n’ignorent pas non plus que, après les « jours heureux » de la réouverture, des jours plus difficiles vont s’annoncer. Quand cesseront les aides et que viendra le remboursement des emprunts, des charges et des loyers.

Les vendeurs de produits « non essentiels », qui comptent sur les joies du déconfinement pour inciter leurs clients à en consommer plus qu’avant, en sont également conscients.

Macron aussi. Mais il entend, pour sa part, profiter de cette euphorie de l’instant pour se lancer sans tarder dans un tour du pays afin, dit-il, de « parler du quotidien » aux Français.

Un court terme qui signifie, bien sûr, qu’il leur parlera de leur présent tout en songeant à son futur proche à lui. Celui de… dans un an. Dont les résultats dépendront tout aussi évidemment pour lui de ceux de ce déconfinement et de la réalité des « jours heureux » qu’il nous a déjà beaucoup promis.


Éditorial d’Erik Emptaz. Le Canard Enchaîné. 19/05/2021