Palestine. Les jeunes expriment leur colère à Jérusalem-Est

Des centaines de blessés et d’arrestations. Depuis jeudi 06 mai 2021, les habitants de la partie orientale de la ville, envahie par les colons, expriment leur colère.

L’Union européenne et les États-Unis s’émeuvent, mais ne prennent aucune mesure.

Ce lundi10 mai 2021 est le jour de tous les dangers pour Jérusalem et peut-être même pour l’ensemble des territoires palestiniens occupés. La droite et l’extrême droite entendent défiler dans la vieille ville pour célébrer la prise de la cité par les troupes israéliennes en 1967. Une provocation à nulle autre pareille, que les autorités israéliennes ne voulaient pas annuler, dimanche, malgré les affrontements prévisibles.

Et l’annonce par la Cour suprême du report de sa décision concernant l’expulsion de familles palestiniennes du quartier de Cheikh Jarrah n’est pas de nature à rassurer. Une inquiétude légitime étant donné les ratonnades organisées fin avril par des formations ultranationalistes et fascistes criant « Morts aux Arabes ! » en plein cœur de Jérusalem, à la porte de Damas.

Les foyers de tensions sont multiples, mais ont tous la même origine : l’occupation de la partie orientale de la ville et une volonté des autorités israéliennes d’en exclure le plus possible de Palestiniens.

Le quartier de Cheikh Jarrah est particulièrement visé. De nombreuses familles en ont déjà été expulsées, ces dernières années. Vingt-huit d’entre elles sont aujourd’hui menacées malgré leur présence depuis bien avant 1967, lorsque Israël a fait main basse sur la ville. Le tribunal du district de Jérusalem a rendu, en début d’année, une décision favorable aux demandes des colons visant à récupérer les habitations palestiniennes de ce quartier. Selon la loi israélienne, si des juifs peuvent prouver que leur famille vivait à Jérusalem-Est avant la guerre israélo-arabe de 1948, déclenchée à la création de l’État d’Israël, ils peuvent demander que leur soit rendu leur « droit de propriété ».

Une telle loi n’existe toutefois pas pour les Palestiniens. Et, de toute manière, si cela n’est pas suffisant, les organisations de colons se déchaînent, multipliant les actes de violence afin de dissuader les familles de rester, frappant souvent les hommes, vandalisant les maisons. Quand celles-ci ne sont pas tout bonnement détruites par les autorités, comme dans le quartier de Silwan, sous prétexte de défaut de permis de construire (pratiquement jamais accordés).

Ils bénéficient de la bienveillance, voire du soutien de l’armée et de la police israéliennes. On a encore pu le voir, jeudi. Des centaines de manifestants palestiniens et de membres d’ONG internationales s’étaient rassemblés à Cheikh Jarrah, pour dénoncer l’expulsion programmée, jusqu’à ce qu’ils soient dispersés manu militari. On relevait déjà plusieurs dizaines de blessés.

Signe de la colère, non seulement cela n’a pas fait cesser les manifestations, mais on a pu voir de plus en plus de jeunes Palestiniens venir protester à leur tour. « On ne peut plus rester les bras croisés. On veut tout simplement vivre, mais avec l’occupation, c’est impossible », témoignait Saliba, qui doit se rendre tous les jours à l’université de Beir Zeit, en Cisjordanie, et subir, sur le chemin, les insultes des colons et les humiliations aux check-points.

Occupants et occupés renvoyés dos à dos par les Occidentaux

Dès le lendemain, vendredi 07 Mai 2021, nouvelle provocation avec l’intrusion, sur l’esplanade des Mosquées, de policiers israéliens. Un vendredi, jour de la grande prière et de surcroît très spécial puisqu’il s’agissait du dernier vendredi de ramadan, une telle présence ne pouvait qu’envenimer la situation.

Résultat : plus de 200 Palestiniens ont été blessés et certains gravement.

Tout comme, le soir même et le lendemain, l’interdiction faite aux habitants palestiniens de se retrouver sur les marches construites en forme d’agora devant les remparts de la vieille ville et la porte de Damas, pour pratiquer l’iftar, la rupture du jeûne, dans une ambiance conviviale. Les heurts ont fait encore près d’une centaine de blessés. Parallèlement, des bus remplis de Palestiniens venant de villages alentour étaient stoppés par l’armée, les empêchant de venir prier.

« Israël agit de manière responsable pour faire respecter l’ordre et la loi à Jérusalem tout en assurant la liberté de culte », n’a pas craint de dire Benyamin Netanyahou, toujours premier ministre.

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La répression israélienne de ces derniers jours est largement condamnée. Mais avec, de la part des États-Unis et de l’Union européenne, cette tendance habituelle à renvoyer dos à dos occupant et occupé.

Le porte-parole du chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a affirmé que « la violence et l’incitation (à la violence) sont inacceptables, et leurs auteurs (…) doivent être tenus pour responsables ».

De leur côté, les États-Unis ont appelé « les responsables israéliens et palestiniens à agir de manière décisive pour désamorcer les tensions et mettre un terme à la violence. Il est absolument essentiel que toutes les parties fassent preuve de retenue et s’abstiennent de toute action ou rhétorique provocatrice ».

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Pierre Barbancey. Titre original : « Palestine. Les jeunes secouent les chaînes de l’occupation à Jérusalem-Est ».

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