C’est écœurant, révulsant…

Comment laisse-t-on diffuser de tels écrits

Des cathos intégristes enseignent une “Histoire de France” sélective. Des manuels scolaires rédigés par des religieuses revisitent la guerre de 39-45.

Ce sont de bien sympathiques « précis d’histoire » en cinq tomes dans lesquels « Le Canard » a plongé le bec !

Rédigés par les dominicaines enseignantes de Brignoles (une congrégation catholique intégriste), ces manuels scolaires, publiés aux éditions Clovis, sont destinés à des élèves des établissements proches de la Fraternité sacerdotale Saint Pie-X.

Voici donc la France éternelle racontée aux chères têtes (très) blondes de ces cinquante huit écoles, collèges et lycées hors contrat…

La Seconde Guerre mondiale, notamment, est pieusement abordée.

  • Les régimes fasciste et nazi sont qualifiés (pas de cadeau) d’« autoritaires », porteurs de « discours non totalement exempts de démagogie ». Sévère, non ?
  • L’armistice et la défaite en France ?
  • Calmons-nous. La nation « conservait un gouvernement indépendant dont le chef était le maréchal Pétain ».
  • Sa fameuse « Révolution nationale » ?
  • Elle « n’avait aucunement l’allure de dictature ; il était d’ailleurs prévu qu’après-guerre, il y aurait de nouveau des chambres élues ».
  • Non, le véritable ennemi, pour les petites sœurs, c’est le communiste et la « Résistance », terme toujours encadré de guillemets réprobateurs.
  • Les trouble-fêtes qui se sont crus obligés de prendre les armes contre l’occupant ? « Les auteurs de ces provocations étaient toujours des militants communistes éprouvés (…), de véritables professionnels du meurtre et du sabotage. »

Enfants de Pétain

Sans compter que « les communistes avaient réussi à briser l’élan de la Révolution nationale ; l’insécurité et la violence détruisaient le climat de confiance ». Salauds de rouges !

  • Les collabos méritent plus de nuances. Déat, Darnand ou Doriot, « profondément opposés au bolchevisme, agirent souvent avec imprudence, toujours avec courage. Ils payèrent durement leurs erreurs à la libération ».
  • Le procès de Pétain ? « Un montage sans honneur ni vérité. »
  • L’épuration ayant frappé (eh oui !) l’« élite des Français » ? « Tout l’effort de redressement moral qui avait commencé en 1940-1941 et qui avait déjà donné du fruit était anéanti. » Merci beaucoup, hein !
  • On imagine un enfant lever le doigt au fond de la salle : « Mais, quand même, ma sœur, les camps de concentration ? » Bah, « des lieux d’internement pour civils soumis à un traitement plus ou moins inhumain selon les chefs, tous venus des S. S. », tempère le manuel.
  • L’extermination des Juifs ? « Exploitée sans scrupules par les socialo-communistes et les démocrates-chrétiens. » Quant à l’après-guerre : « La finance internationale tendait à devenir la maîtresse du monde ; la franc-maçonnerie se réorganisait; les gouver­nants semblaient livrés à des forces occultes… » Bigre !
  • Le reste est à l’avenant. Le toujours suspect capitaine Dreyfus, dont le jugement du conseil de guerre fut cassé « grâce à la complicité de certains magistrats », ou ces pauvres paras français obligés de torturer en Algérie — « pas de gaieté de cœur », toutefois.
  • Mais alors, ma sœur, point de salut ? Mais si ! « Une élite de garçons et filles, ayant gardé ou retrouvé la foi catholique authentique qui modela la civilisation occidentale, s’efforce de remonter la pente. »

Sans compter l’archange Gabriel, qui va sûrement intervenir…


Jérôme Canard – Le Canard Enchainé – 05/05/2021